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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 15:52

GÉNÉRALITÉS.

 

          Ces cercles de pierres aux dimensions modestes, dits aussi "cromlechs" sont nombreux dans certaines montagnes du Pays Basque et contribuent à leur originalité.( Blot J. 1993,a.)

Nous étudierons leurs diverses architectures ainsi que leurs rapports avec des monuments auxquels ils sont souvent associés : Tumulus et Tumulus-cromlechs. D’autres questions seront soulevées, comme leur finalité possible, leurs constructeurs, les rapports avec les autres cercles pyrénéens....

 

          De nombreux auteurs se sont intéressés à ces monuments, parmi lesquels P. Dop, R. Gombault, G. Laplace, le Cdt Rocq, Ph. Veyrin, P. Boucher et Cl. Chauchat, sans oublier l’ouvrage de J.P. Mohen “L’âge du Fer en Aquitaine” (Mohen J. P. 1980), qui met en lumière l’originalité des groupes Pyrénéens, Landais et Girondins du Sud, leur homogénéité culturelle correspondant à la “Vasconia” des historiens et des linguistes. Mais c’est à J. M. de Barandiaran que nous devons l’essentiel de nos connaissances paru dans un grand nombre de publications, dont le livre “El Hombre prehistorico en el Païs Vasco”, (Barandiaran J. M. de, 1953) représente en quelque sorte la synthèse.

 

 

            Depuis près de 30 années, parcourant plus de 25 000 km à pied, nous avons effectué, sur les traces de J.M.de Barandiaran une prospection aussi complète que possible des trois provinces du Pays Basque nord : Labourd, Basse-Navarre et Soule (Blot J.1971; 1972, a; 1972, b; 1972, c; 1973, a; 1973, b; 1974; 1975, a; 1978, a; 1979, a). Des fouilles de sauvetage, quelques datations au 14 C, nous ont permis une meilleure connaissance de ces "cromlechs", "tumulus-cromlechs", ou “tumulus”, mais nous insistons sur le fait que cette expérience, très limitée, n'a aucune prétention à la généralisation. (Blot J, 1989, a).

 

 

            Toutefois, nous prendrons aussi en compte dans notre réflexion non seulement Hegoalde, mais aussi tout l’espace s’étendant de la Garonne à l’Ebre, centré sur la chaîne des Pyrénées, qui doit être considérée comme un "milieu montagnard" avec ses règles de fonctionnement propres, ses systèmes d'échanges et ce, pour une longue période ne dissociant pas l'âge du Bronze de l'âge du Fer. En effet, sur plus d'un millénaire et demi, les rites engendrés par les cultures ambiantes évoluent sans à-coups et les architectures funéraires s'adaptent sans ébranlements fondamentaux.

 

          Le relief général du Pays Basque présente un ensemble de massifs montagneux aux structures discontinues, d'altitudes modérées, d'accès aisés, séparés les uns des autres par de larges dépressions, souvent fertiles, empruntées par les cours d'eaux.

 

          Le climat atlantique, essentiellement tempéré, humide avec nébulosités et pluies abondantes, subit des variations en fonction du relief et les “micro-climats” locaux ne sont pas rares.

 

          L’activité humaine, essentiellement agropastorale a été intimement liée au cours des siècles à ces caractéristiques géographiques et climatiques dont les composants fondamentaux n’ont que peu varié. Ceci nous laisse entrevoir la stabilité, au moins jusqu’aux temps récents de ce mode de vie multimillénaire.

 

 

 

“Cromlechs” ou “Baratze” ?

 

 

          En Pays Basque les auteurs s’accordent pour reconnaître sous le nom de “cromlech” un monument circulaire, généralement situé en altitude, dont le diamètre moyen varie entre 4 et 7 m. Il est délimité par une série de pierres de volumes et de dimensions souvent modestes, ne dépassant  habituellement la surface du sol que de 0,30 à 0,50 m . Sa vocation funéraire semble être tenue pour très vraisemblable.

 

 

          Le terme de cromlech paraît alors assez inadapté à ces monuments, si l'on se réfère, par exemple, à la définition du dictionnaire d'archéologie Larousse (1968) : "cromlech : monument mégalithique fait de hautes pierres dressées sur une ligne circulaire", on conviendra que, dans nos montagnes, il ne s'agit pas de mégalithes au sens étymologique du terme. Par ailleurs, dans la mesure où, comme nous le verrons, ces petits cercles d'altitude semblent avoir en effet une vocation funéraire et sont en rapport avec une civilisation pastorale, nous proposerions volontiers le terme de "baratze" sous lequel le désignent traditionnellement les bergers (Vegas Aramburu J.I., 1988 ; et comme le suggérait déjà T.A. Ruperez en 1976).

 

 

          Le "baratze" est aussi, actuellement, un espace clos, contigu à la maison et voué à la culture de fleurs; il lui est cependant attaché une connotation rituelle très forte puisqu'il y a peu encore, on y enterrait de jeunes enfants morts sans baptême. Cette dénomination traditionnelle, réunissant en un seul vocable les concepts d'enclos et de sépulture nous paraîtrait donc parfaitement adaptée à nos cercles de montagne. C'est pourquoi, dans les lignes qui suivent, nous utiliserons dorénavant le terme de "baratze" (1) à la place de celui de "cromlech".

 

 

          Le cadre de l'étude est toutefois compliqué par l'existence, en Pays Basque, aux mêmes altitudes que les baratze et dans les mêmes sites, de tumulus et surtout de tumulus entourés d'une couronne de pierres, que l'on pourrait dénommer "tumulus-baratze".

 

 

          Il arrive en effet que l'aire délimitée par un cercle de pierres soit au niveau du sol ambiant, ou ait nettement l'allure d'un tertre. Dans ce dernier cas, c'est de façon tout à fait arbitraire qu'avec J.I.Vegas Aramburu nous fixerons à 0,30 m la limite entre un baratze simplement surélevé et un tumulus-baratze. Les résultats des fouilles laissent à penser que cette distinction, initialement purement morphologique, si elle ne correspond pas à une différence de fond, traduit cependant l'existence de nuances nettement affirmées dans la pratique du rite funéraire.

 

 

          Le terme de "tumulus-baratze", peut donc être remplacé par celui de "baratze tumulaire" soulignant mieux la parenté entre les cercles simples et ceux qui entourent un tertre.

 

 

LES BARATZE.

 

          On compte actuellement pour le Pays Basque nord un total de 216 baratze, 61 baratze-tumulaires et 213 tumulus. Parmi ces monuments, 36 ont été fouillés qui se répartissent ainsi :

 

                    - 19 cercles de pierres dont 17 baratze véritables.

 

                    - 9 tertres avec couronne de pierres dont 8 baratze-tumulaires vrais et 8 tumulus. Ce   faible nombre d'éléments fouillés doit nous inciter à une grande prudence quant aux déductions ou conclusions que l'on peut en tirer.

 

          En Pays Basque sud ont été identifiés un grand nombre de baratze ou baratze-tumulaires, puisqu'on en compte 460 dans la province de Navarre, 133 en Guipuzcoa, mais seulement 7 en Biscaye et 2 ou 3 en Alava. Seul un très petit nombre en a été fouillé : 6 cercles de pierres dont 5 baratze, 1 baratze-tumulaire, plus un tumulus (Altuna J. et Areso P., 1977 ; Vegas Aramburu, 1981 ; Peñalver X., 1987), deux  datations par 14C ont été obtenues.

 

          Nous avons procédé à deux catégories d'études statistiques :

 

                    - une étude portant sur les caractéristiques générales des monuments du Pays Basque nord, indépendamment de toute fouille (diamètres, répartition en altitude, suivant les sites,   etc ..).

                    - une étude portant sur les résultats des fouilles (2), dans laquelle, étant donné leur similitude avec les nôtres, nous avons intégré les 8 monuments étudiés outre Bidassoa.

 

La couronne de pierres périphérique.

 

Le diamètre de ces monuments est très variable, mais 41 % d'entre eux ont entre 4 et 7 m. Certains peuvent atteindre 10 m, ou plus, mais c'est exceptionnel ; d'autres 1 m à 1,5 m ce qui est aussi bien rare. Le cercle peut n'être parfois qu'approximatif et un tracé plus ou moins ovale n'est pas rare : près de 28 % des cas fouillés avaient un grand axe orienté nord-est - sud-ouest.

Il existe enfin des cercles tangents à d'autres, ou sécants, avec déformation ou rupture d'un des deux cercles (28 % des cas fouillés) ; il est alors en général aisé, après fouille, de déterminer l'éventuelle antériorité de l'un par rapport à l'autre.

Le nombre de pierres visibles avant la fouille est très variable (50 % des monuments ont entre 5 et 12 pierres), de même que leur dimension qui va de quelques centimètres à parfois 1 m au-dessus du sol. Après fouille, l'aspect est souvent très différent, le nombre de pierres peut se trouver singulièrement augmenté et 1a couronne périphérique être  beaucoup plus fournie en éléments qu'il n'y paraissait avant travaux. Cet état de chose peut remonter à 1'époque de 1a construction, où les éléments de dimensions les plus modestes ont pu être enfouis sous la terre de recouvrement : Apatesaro 1, (Blot J.,1984, a) ; mais la raison la plus fréquente pourrait être le phénomène de colluvionnement que l'on observe par exemple dans un col : les ruissellements provenant de deux éminences qui l'encadrent peuvent contribuer à recouvrir de façon presque totale un site archéologique conçu initialement pour être visible.

 

 

          Il arrive enfin qu'un des témoins du cercle se distingue nettement des autres par sa taille; ce monolithe remarquable n'a toutefois pas de signification bien claire puisque nous en avons noté 2 fois au nord, 2 fois au nord-ouest, 1 fois au sud-est, 1 fois au sud-ouest et 1 fois à l'est.

 

          La nature géologique des témoins est très variable mais, en règle générale, fonction de l'environnement immédiat. Il est tout à fait exceptionnel de trouver un matériau provenant d'un lieu éloigné (un seul cas dans nos fouilles).

 

          Sont essentiellement utilisées les dalles provenant des filons de grès triasique, abondant dans la région, ou des blocs calcaires, de poudingue, ou de quartzite.

 

          Les architectures réalisées en dalles sont toujours plus esthétiques que celles en blocs et parfois même très sophistiquées ; le baratze Méatsé 8 (Blot J. 1995) pourtant le plus anciennement construit, en est l'exemple le plus démonstratif : la couronne extérieure de 4,30 m de diamètre est formée d'une série de dalles plantées de chant, suivant l'axe des rayons du cercle, à intervalles réguliers comblés eux-mêmes par des dallettes disposées horizontalement. Les dalles peuvent être aussi plantées en position tangentielle par rapport au tracé du cercle, cas le plus fréquent (Apatesaro 1). Dans 33 % des cas, certaines ont même pu être sommairement régularisées, épannelées.

 

          Les structures réalisées en blocs sont plus grossières, tel Hegieder 7, (Blot.J, 1994) mais la recherche esthétique est néanmoins souvent évidente (Méatsé 5).

 

          Il est fréquent que les éléments formant le cercle périphérique visible, soient doublés d'un second cercle, concentrique et interne au précédent, dont les éléments, de taille beaucoup plus modeste, sont souvent invisibles avant la fouille. (Apatesaro 1).

 

          La mise en place de la couronne de pierres périphérique (unique ou double) est toujours précédée d'un décapage du sol sur une aire correspondant à celle du futur monument. Ce décapage peut se limiter à la couche humifère superficielle, mais il est le plus souvent mené jusqu'à la première couche résistante du terrain, ou à défaut, à 0,30 m ou 0,50 m de profondeur. Les témoins sont alors disposés sur le niveau atteint et s'appuient aux bords de l'excavation : Errozate 2, (Blot J.,1977,a). A ce décapage global peut s'ajouter la confection d'une tranchée circulaire dans laquelle les éléments périphériques auront une meilleure assise : Apatesaro 1, Okabé 6, (Blot J.,1977,a).

 

          Les éléments les plus importants, les plus visibles du cercle externe (dalles ou blocs) n'ont pas toujours de pierres de calage (22 % des cas) ce qui pourrait expliquer en partie la fréquence avec laquelle on les retrouve basculés vers l'intérieur ou l'extérieur du monument. Par deux fois (Apatesaro 1 bis et Okabé 6) on a pu noter l'existence d'une couche d'argile rapportée, prélevée dans les environs immédiats et déposée sur l'aire décapée.

 

          De façon plus générale, il parait évident que, tout en apportant beaucoup de soins à ces monuments, les constructeurs n'ont cependant jamais recherché l'exécution d'un travail monumental, ni même voulu "fermer" une enceinte. Ils ont symboliquement signalé un lieu, délimité une aire ; les détails architecturaux révèlent de nombreux gestes symboliques dont la signification nous échappe totalement. Il en est de même pour la structure centrale.

 Nous n'avons pas noté, enfin, une évolution particulière des styles architecturaux de ces cercles de pierres au cours des siècles.

 

La structure centrale.

 

          Elle représente à nos yeux la clef du monument et lui confère toute sa signification. C'est elle qui, en général, reçoit le dépôt rituel, souvent bien modeste.

 

                    Plusieurs modalités peuvent se voir :

 

          Dans 28 % des cas il existe un petit caisson, fait de blocs ou de petites dalles. Plus ou moins rectangulaires, avec couvercle, les caissons en dalles réalisent les structures les plus spectaculaires (Méatsé 8) . Un grand soin est apporté à 1'élaboration du réceptacle avec parfois de petites pierres de calage disposées sous le couvercle pour assurer une meilleure étanchéité sur les supports; les bords sont jointifs et présentent souvent des traces d'épannelage. Il n'est pas rare que d'autres petites dalles prennent appui sur celles du caisson central mais ceci, semble-t-il, beaucoup plus pour des raisons esthétiques et/ou rituelles que mécaniques de soutien (Méatsé 8).

 

          En l'absence de dalles, des blocs de poudingue ou de quartzite seront utilisés, réalisant des structures centrales plus grossières mais tout de même assez élaborées : petits cercles de pierres, de 1m de diamètre, disposés sur le sol décapé (Apatesaro 1) petite ciste en U (Méhatzé 5), (Blot J. 1978,b) ou amas pierreux en dôme de 0,80 m à 1 m de diamètre (Okabe 6 ; Apatesaro 1 bis). Il peut même n'y avoir, au centre du monument, qu'une seule pierre sous  laquelle repose le dépôt, avec parfois une seconde, en symétrique, sous ce dernier (Errozate 2).

 

          L'étude de l'ensemble de ces structures centrales, quelque soit leur type, n'a pas permis de dégager une orientation privilégiée.

 

          Dans les cinq baratze fouillés en Pays basque sud, le dépôt rituel avait été effectué au centre du monument, mais directement en pleine terre, sans aucune structure de recueil ; on ne peut évidemment pas faire de cette modalité  une règle générale.

 

          Nous n'avons jamais trouvé d'urne funéraire servant "d'ossuaire", comme il est si fréquent d'en rencontrer en Béarn ou ailleurs. Cette absence est une des caractéristiques de nos monuments.

 

          Nous envisagerons, dans un chapitre ultérieur, les divers dépôts rituels effectués dans les baratze. Les modalités en sont communes aux baratze-tumulaires et aux tumulus et nous les traiterons dans une étude globale.

 

          Les tableaux récapitulatifs des datations obtenues en Pays Basque nord montrent que la construction des baratze semble avoir débuté dès le Bronze moyen / Bronze final et perduré jusqu'à la fin du 2ème âge du Fer. Dès le début, l'architecture a été parfaitement réussie (Méatsé 8) et il ne semble pas, comme nous l'avons déjà souligné, qu'il y ait eu d'évolution des styles, encore moins de dégénérescence, mais, au contraire, une très grande stabilité. Celle-ci n'exclut pas les variantes puisqu'il n'y a pas deux monuments identiques. Dans l'état actuel de nos  connaissances, toute "typo-chronologie" dans l'architecture des baratze paraît sans fondements.

 

 

 

COMPARAISON AVEC LES AUTRES MONUMENTS.

 

 

          Les résultats obtenus par les fouilles confirment le jugement de Mohen (1980) qui estimait que baratze, baratze-tumulaires et tumulus n’étaient probablement que “des nuances, sans doute complexes, d’un même mode funéraire”.

 

 

Les baratze-tumulaires

 

          Nous les avons défini comme une couronne de pierres bien visibles entourant des tertres. La moyenne des diamètres est légèrement supérieure à celle des baratze, soit 6 à 7 m, au lieu de 4 à 5 m pour ces derniers.

 

          La hauteur, supérieure à 0,30 m, reste cependant toujours modeste, n'excédant pas 0,70 m. Ils sont presque toujours constitués de terre sauf deux cas (Pittare et Mendittipi) alors que les tumulus fouillés sont tous, comme nous le verrons, faits de pierres.

 

          Concernant la couronne de pierres, les remarques faites pour les baratze sont ici encore valables. On note un décapage du sol sur la totalité de l'aire prévue pour le monument et le creusement éventuel d'une tranchée périphérique dans 44 % des cas.

 

          Dans trois cas, une importante couche d'argile a été rapportée : Ugatze (Blot J., 1975,b); Zaho (Blot J., 1986) et Bixustia (Blot J., 1976).

 

          Le nombre et la dimension des pierres des couronnes périphériques, comme leur nature géologique ne diffèrent en rien de ce qui a été noté pour les baratze, de même que le soin apporté à leur agencement. L'existence d'un cercle interne et tangent au précédent est constant. Dans bien des cas manquent les pierres de calage à la base des témoins et là encore, la solidité d'implantation de ces derniers s'en ressent. Un cercle intermédiaire, situé entre la couronne périphérique et la structure centrale a été trouvé une fois (Zaho 2). Si le cercle périphérique a très probablement une finalité rituelle, comme dans le cas des baratze, il semble aussi qu'on puisse lui attribuer dans 44 % des cas un rôle de contention pour la masse du tertre, rôle particulièrement net dans le cas de l'imposant amas de pierraille de Pittare (Blot J.,1978, c).

 

          Les structures centrales sont très semblable à celles des baratze ; petits caissons en dalles à Méatsé 5, à Millagate 4 (Blot J., 1988, a), petit cercle de pierres à Millagate 5 (Blot J., 1987), petite ciste en blocs à Zaho 2, dôme de pierres à Ugatze, une seule dalle centrale à Mendittipi ; enfin dans le baratze-tumulaire de Pittare le dépôt de charbons de bois a été effectué au centre, à  même le sol.

 

          La remarquable stabilité des architectures dans le temps, déjà notée pour les baratze, se retrouve encore ici. Les baratze-tumulaires perdurent jusqu'à la fin du 2ème âge du Fer. A l'intérieur de cette fourchette de temps, aucune "typochronologie" ne paraît pouvoir être retenue. Toutes ces similitudes avec les baratze nous font donc préférer le terme de ''baratze-tumulaire" à celui de "tumulus-baratze" afin de mieux souligner leur parenté.

 

 

 

Les tumulus

 

 

          Ils représentent la troisième catégorie de monuments susceptibles d'être rencontrés aux mêmes endroits que les deux précédents et d'assurer, semble-t-il, les mêmes fonctions aux mêmes époques.

 

          Ce qui les différencie, c'est l'absence de toute couronne de pierres visibles d'emblée ; leur diamètre moyen oscille entre 4 et 5 mètres et leur hauteur entre 0,30 m et 0,90 m. Une autre différence les oppose, mais aux baratze-tumulaires cette fois, c'est qu'ils sont tous constitués par un amoncellement de pierres contrairement à ces derniers, le plus souvent en terre.

 

          Comme pour les monuments précédemment décrits,  les constructeurs ont là encore procédé systématiquement à un décapage du sol, mais se limitant semble-t-il à la seule couche humifère (sans doute parce qu'il n'y avait pas à assurer la stabilité d'une couronne périphérique). Il existe un cas où une épaisse couche d'argile rapportée a été déposée sur la surface décapée : Zuhamendi 3 (Blot J., 1976).

 

          Les blocs constitutifs des tertres ne paraissent pas avoir subi le moindre épannelage et, en général, leur choix et leur disposition paraissent être totalement anarchiques : Irau 4 (Blot J., 1989,b) ; Apatesaro 5 (Blot J.,1988, b).

 

          Toutefois, en d’autres occasions une certaine recherche semble avoir été apportée à la disposition des blocs, telle la région centrale de Zuhamendi 3 ou le bourrelet périphérique d’Apatésaro 6 (Blot J. 1992)formé de 2 ou 3 assises de blocs pierreux, ainsi que l’amoncellement entourant son petit caisson central, ou encore Apatesaro 4 ( Blot J.,1984 b ) avec une véritable couronne de pierres périphériques disposées à plat sous la masse pierreuse de recouvrement.

 

          A part un seul cas où le dépôt de charbons de bois a été effectué à même le sol (Apatesaro 5) entre deux pierres brutes, c'est le petit caisson central en dalles plantées (Apatesaro 4), ou en blocs posés (Apatesaro 6) qui est adopté ; sans doute est-ce la seule structure qui reste bien individualisée et bien visible sous un amoncellement de pierraille ?

 

          Parmi les 213 tumulus de notre inventaire, la probabilité existe qu'un certain nombre soient des tumulus à inhumation. Ce fut le cas pour un des huit tumulus fouillés par nous : Urdanarre N1 (Blot J., 1993,b). Son diamètre de 12 mètres le distinguait des sept autres monuments et de la moyenne générale retenue pour les tumulus, soit de 8 à 9 mètres.

 

          Les tumulus dolméniques, aux dimensions voisines, sont plus faciles à identifier avec leurs chambres sépulcrales mégalithiques bien visibles, suite aux fouilles clandestines, dont ils ont fait l'objet de la part des chercheurs de trésors de toutes les époques. Compte tenu de l'ancienneté du rite tumulaire en général, il n'est pas étonnant que cette structure ait été le siège de la plus haute datation concernant le rite d'incinération, dans le cadre des monuments ici étudiés. C'est en effet au chalcolithique qu'est construit le tumulus Irau 4, (Blot J.,1989,b).

 

LE CONTENU DE CES MONUMENTS

 

          Les nombreux points communs aux trois types de monuments décrits sont encore plus évidents au niveau de l'étude des dépôts effectués.

 

Les dépôts de charbons de bois

 

          Leur présence est quasi constante, mais en quantité très variable, allant de la modeste pincée à la pleine poignée. Ils peuvent être disposés dans la structure centrale (72 % des cas pour les baratze, 77 % des cas pour les baratze-tumulaires et 67 % pour les tumulus.) ; dans cette éventualité, ils peuvent remplir entièrement cette structure (tout le cercle central d'Apatesaro 1) ou simplement une partie bien définie du réceptacle, tandis que le reste est soigneusement rempli de petits cailloux ou de terre (caissons du baratze Méatsé 8, du baratze-tumulaire Zaho 2, du tumulus d'Apatesaro 6. La structure centrale peut même rester vierge de tout dépôt, celui-ci étant effectué contre elle, mais à l'extérieur (Irau 4).

 

          Dans la plupart des cas, au dépôt central s'ajoutent des dépôts annexes qui peuvent avoir lieu dans la zone intermédiaire entre périphérie et structure centrale (baratze Apatesaro 1), ou parmi les témoins du péristalithe (baratze Méatsé 1, baratze-tumulaire Bixustia). Enfin un semis régulier de particules de charbons de bois a pu être observé, soit à la base du monument, au niveau de la zone décapée (baratze Okabe 6) soit réparti dans l'ensemble de sa masse (baratze Méatsé 8, baratze-tumulaire Bixustia); Il est important de souligner, dès maintenant, que nous avons noté quelques traces de rubéfaction de l'argile sous jacente à certains dépôts de charbons de bois, suggérant que ceux-ci avaient été déposés à l'état de braises, donc prélevés  sur un foyer très proche, (Okabe 6, Millagate 4 et  5). De même des fragments d'argile rubéfiée étaient parfois mélangés aux charbons de bois avec lesquels ils avaient été ramassés. Par contre, jamais aucune trace d'ustrinum n'a été remarquée à l'intérieur des monuments eux-mêmes.

 

Les dépôts d'ossements calcinés

 

          Ils n'ont été retrouvés que de façon tout à fait exceptionnelle et en quantité infime ; citons quelques fins fragments de côtes mêlés au dépôt de charbons de bois du baratze Errozate 2 ; d'autres fragments osseux plus nombreux, au centre des baratze Oyanleku 1 et Oyanleku 2, province de Guipuzcoa, Altuna J.,1977) ; quelques rares fragments avec les charbons du cercle central du baratze-tumulaire Millagate 5 et quelques uns dans celui de Mendiluce, province d'Alava, (Vegas Aramburu J.I., 1984). Il n'en a pas été trouvé dans les huit tumulus fouillés.

 

          Il existe toutefois une exception très importante : l'ensemble d'ossements calcinés recueillis dans le caisson central du baratze-tumulaire Millagate 4 pesant environ 1,700 kg. L'étude anthropologique réalisée par le Professeur H.Duday (Laboratoire d'Anthropologie de l'Université de Bordeaux I), a révélé qu'il s'agissait d'un individu unique, d'âge mûr, robuste, dont tous les éléments du squelette étaient représentés. Ici, à l'évidence, certaines motivations qui nous échappent ont incité les constructeurs à recueillir plus soigneusement que d'habitude les ossements calcinés du défunt pour ce monument, dont, par ailleurs, l'architecture ne diffère en rien de celle des autres monuments étudiés jusqu'à présent.

 

Le mobilier

 

 

          Le mobilier est tout aussi indigent, ou presque, que les dépôts d'ossements.

 

 

La céramique.

 

 

          N'est présente que dans un seul baratze, à Apatesaro 1 bis, sous forme d'un fond de vase plat de 11 cm de diamètre avec départ de panse assez évasé ; les cassures sont anciennes, les autres parties manquent. Ce fragment avait été déposé au centre du monument, sous un petit dôme pierreux, avec un important amas de charbons de bois, sans aucun reste osseux.

 

 

                    - De même, un seul baratze-tumulaire recelait de la céramique : celui de Bixustia. Elle était déposée en pleine terre, au centre du tertre dans la couche d'argile rapportée. Il s'agissait d'une urne fermée par un plat et contenant un ou plusieurs petits vases. L'état incomplet de l'urne et des petits vases pose le problème de leur réelle fonction, car aucune trace d'ossements ou de charbons de bois n'a été trouvée à l'intérieur, même si des charbons de bois étaient largement disséminés sur le sol décapé, sous la couche d'argile rapportée. L'urne appartient à la variété 16D présente à Ayer dans la deuxième période de la " période II " de Mohen, le plat couvercle est de la variété 1a ; le ou les petits vases n'ont pu être reconstitués.

 

 

                    - Dans la province d'Alava, le baratze-tumulaire de Mendiluce présentait une vingtaine de fragments éparpillés. Enfin, aucun tumulus ne recelait de céramique.

 

 

 

Les objets en métal.

 

          Ils sont eux aussi très rares. On retiendra, dans le baratze Errozate 4, l'association d'un fragment de lame (de couteau ou de poignard, à un tranchant), avec un fragment de ferret conique de talon de lance, tous deux en fer ; ces deux éléments étaient collés ensemble par un ciment silico-ferreux et avaient subi l'action du feu. Le baratze Oyanleku 1 (province de Guipuzcoa) a livré un bouton et un petit anneau en bronze.

 

 

           En ce qui concerne les baratze-tumulaires, quelques traces d'objets en fer ont été trouvés dans celui de Mendiluce (Alava) et surtout la pointe de lance ou de javelot trouvée à Zaho 2 en feuille de laurier et ayant fortement subi l'action du feu. Sa typologie est en accord avec la datation au 14C calibrée (- 995, - 497) des charbons de bois recueillis dans la ciste centrale.

 

 

 

 

Les pièces lithiques.

 

          Essentiellement sous forme d'éclats, ou de petites lames ou grattoirs en silex, elles peuvent être trouvées, plus ou moins disséminées dans la masse des monuments. Leur typologie n'offre rien de bien caractéristique, sauf la pointe de flèche en silex à ailerons et pédoncule du baratze-tumulaire de Mendittipi. On peut se demander si ces éléments se trouvaient dans les tertres, antérieurement à la création du monument, ou s'ils ont été perdus, ou déposés à des fins rituelles (maintien rituel d'un antique tradition technique), ou étaient encore utilisés dans la vie courante. La constance avec laquelle on en trouve dans certains monuments des régions voisines, Béarn par exemple, laisse à penser qu'il pourrait bien s'agir d'une action volontaire. On a même suggéré dans le cas du tumulus T1 de Pau (Blanc Cl.,1989) compte tenu de la grande proportion d'éclats, qu'il aurait pu y avoir une taille de silex ou de quartzite, sur place, pendant le rituel funéraire.

 

 

          Comment ne pas évoquer, pour terminer cette longue série de gestes symboliques, la découverte de petits galets ronds, de la taille et de la forme d'un oeuf de pigeon (provenant de blocs de poudingue) déposés au pied ou sur des témoins de la couronne périphérique, de façon tout à fait intentionnelle : baratze Errozate 2, 3 et 4, Meatse 1, Oyanleku 1 ; baratze-tumulaire Bixustia, Mendittipi, Ugatze, Millagate 4.Il est intéressant de remarquer que le concept d’oeuf est souvent lié à celui de naissance ..... ou de résurrection Tout aussi remarquable nous paraît la découverte de nombreuses petites pierres éparses, sous la couche d'humus actuel, qui paraissent correspondre à un jet rituel, sur le monument, en fin de cérémonie, comme un dernier adieu des participants ( baratze Okabé 6, baratze-tumulaire Ugatze).

 

 

 

ASSOCIATION ET RÉPARTITION DE CES MONUMENTS

 

 

          Les associations de monuments d'une même catégorie et surtout de catégories différentes, ainsi que la similitude de leur répartition spatiale ne font que souligner les liens qui les unissent.

 

 

 

Associations de monuments entre eux.

 

 

          Les baratze sont parfois isolés ou en groupes de 2 à 3 unités, cas le plus fréquent; il existe ensuite, mais de façon décroissante, des associations de 4, 5, 6 éléments ou plus, véritables nécropoles. Les baratze-tumulaires peuvent être isolés, ou se grouper à 2 ou 3, jamais plus de 5 ; on peut en dire autant des tumulus.

 

 

          Ces groupements de monuments semblent obéir à certaines règles que nous évoquerons plus loin à l'occasion de l'étude des nécropoles.

 

 

 

Répartition suivant les trois provinces du Pays Basque nord

 

 

 

          Cette répartition n'est pas identique pour chaque type de monument, dans chaque province.

          On constate ainsi que les baratze, présents en Labourd (28 %) prédominent en Basse Navarre (66 %) et sont presque absents de Soule (6 %).

          Les baratze-tumulaires se répartissent assez harmonieusement dans les trois provinces avec, comme les baratze, une prédominance en Basse Navarre (L : 18 % - BN : 55 % - S : 27%).

          Les tumulus, bien présents en Basse Navarre et Soule, sont un peu moins nombreux en Labourd (L : 22 % - BN : 40 % - S : 38 %).

 

 

 

Répartition suivant l'altitude.

 

                    - Les baratze sont en général situés sur les pâturages d'été dont l'altitude va, comme le relief lui-même, en s'élevant à mesure qu'on s'éloigne vers l'Est. Le fait que les baratze soient, dans l'ensemble, plus nombreux en altitude que les dolmens pourrait, peut-être, en partie, correspondre à des besoins accrus en pâturages pour des troupeaux plus importants.

 

                    - Les baratze-tumulaires se situent sensiblement aux mêmes altitudes que les baratze, mais aussi un peu plus bas, se rapprochant en cela de la répartition des tumulus. Ces derniers tout en se confondant aux hautes altitudes avec les précédents, se trouvent en plus grand nombre qu'eux, aux basses altitudes.

 

 

 

Répartition suivant le type de relief.

 

          Le choix des sites a obéi à certains critères, qui, s'ils nous échappent, n'en n'ont pas moins existé. Il s'agit de pâturages situés sur des hauteurs, à proximité d'une ou de plusieurs pistes pastorales, dans des zones dégagées et jouissant en général d'un point de vue grandiose. Ces monuments étaient destinés à être vus, mais des critères que nous pourrions qualifier d'ordre esthétique ont aussi très probablement dû intervenir. Deux caractéristiques méritent qu'on s'y arrête :

 

                    - les sites choisis sont souvent à distance des points d'eau, (actuels, ou susceptibles de l'avoir été dans un passé plus ou moins éloigné).

 

                     - ces sites présentent de très mauvaises conditions d'habitabilité, exposés à toutes les intempéries : cette inhospitalité ne résultant pas d'un choix délibéré mais étant bien la conséquence des autres critères rituels, spirituels ou religieux qui ont dû très vraisemblablement intervenir par ailleurs.

 

           Erigés la plupart du temps sur un terrain horizontal (ou en très légère pente), ces monuments ne sont pas situés indifféremment par rapport au modelé du relief : les baratze ont une prédilection pour les cols, les lignes de crête et à un degré moindre pour les replats à flanc de montagne. Les baratze-tumulaires ont une répartition très voisine. Les tumulus, tout en se répartissant comme les précédents, ont une plus grande prédilection pour les lignes de crête.

La répartition des monuments à incinération sur le relief, non seulement n'est pas le fait du hasard, mais diffère notablement de celle des dolmens, en majorité édifiés sur les replats à flanc de montagne, en basse ou moyenne altitude.

 

           La très faible densité de tous ces monuments dans le piémont, peut en grande partie résulter des destructions occasionnées depuis des siècles par la "mise en valeur" des terres basses (agriculture, urbanisation, réseau routier). Toutefois, il est remarquable de constater que si nous avons trouvé des tumulus en basse altitude, dans des territoires encore préservés de toute activité humaine destructrice, nous n'y avons jamais rencontré de baratze.

 

 

 

ESSAI  D'INTERPRÉTATION

 

 

            Malgré quelques différences de forme extérieure ou de détails internes, les multiples points communs entre tous ces monuments permettent légitimement de les considérer comme des variantes issues d'une même base conceptuelle. Il a donc paru artificiel de les séparer dans l'étude de leur possible signification.

 

          En se basant sur l’existence d’une structure centrale et la présence de dépôts de charbons de bois et de mobilier, on peut schématiquement distinguer deux cas : les monuments qui en sont plus ou moins pourvus et les autres, vides.

 

 

Cas des monuments vides

 

          Le cercle Urdanarre S1, de 5 m de diamètre (Blot J.,1991) ne possédait ni structure centrale, ni dépôt ; aucune datation n'a pu être effectuée. Même cas de figure pour le cercle Jatsagune, de 17 m de diamètre (Blot J.,1979, b). Un fragment de perle a été trouvé à la base d'un des blocs de la couronne de pierres. Cette perle est assez semblable aux productions de Stradonitz, en Bohême, sans que l'on puisse exclure (J.Roussot-Larroque) une fabrication plus proche de notre région. On peut lui attribuer une fourchette de temps entre 450 et la fin de l'Indépendance. Pour ce grand cercle de pierres, dépassant les dimensions habituelles des baratze, l'hypothèse la plus séduisante, compte tenu, en outre, de sa situation à un carrefour de pistes pastorales, pourrait être celle d'un lieu de réunion.

 

          En Alava, le cercle de Gaztalamendi, après fouille, (Vegas Aramburu J.I., 1981) n'a pu être rattaché à la catégorie des baratze et l'auteur émet l'hypothèse qu'il pourrait avoir une relation rituelle (?) avec un dolmen situé à une trentaine de mètres. D'autres interprétations concernant les "cercles vides" ont été proposées : on a pu y voir des marques de propriété délimitant des zones de pâturages, des repères astronomiques, des lieux de culte en relation avec une religion astrale ...

          L'hypothèse d'un soubassement d'habitat, ne nous paraît guère défendable, qu'il s'agisse de cercles avec structure centrale, dépôts etc ... ou "vides". Dans le premier cas, les structures décrites sont tout à fait différentes de ce que seraient des vestiges de foyers domestiques, ces derniers étant, en outre, curieusement absents dans le cas des cercles "vides". Il peut enfin paraître étonnant qu'il n'y ait pas (dans le cas de "cercles vides") la plus infime trace de mobilier dans des sites aussi fréquentés que le sont, en principe, des lieux habités.

 

          Si aucun des tumulus fouillés n'a pu entrer dans la catégorie des monuments "vides" il n'en a pas été de même pour un grand tertre (Blot J.,1981,a) de 13,5 m de diamètre et de près de 3 mètres de haut, entouré d'une couronne de pierres dans laquelle se détachaient deux monolithes très importants au sud-est et au nord-ouest. La fouille a révélé qu'il s'agissait d'une butte naturelle, aménagée afin de lui donner l'allure d'un tertre aux formes régulières. Le centre était occupé par un filon rocheux en place, recouvert de terre ; aucun dépôt, ni mobilier. Par contre, l'axe nord-ouest - sud-est déterminé par les deux monolithes indiquait la tour d'Urkulu considérée (Tobie J.L.,1976) comme un trophée romain érigé au-dessus de la route de Pampelune, à environ 3 km du tertre. Ce dernier a pu alors jouer le rôle de véritable poteau indicateur, d'une borne milliaire anépigraphique mais construite, sur ordre, par des autochtones dans un style architectural dont ils avaient l'habitude.

 

 

Cas des autres monuments

 

 

          L'hypothèse la plus communément admise est qu'il s'agit de sépultures à incinération. Toutefois, compte tenu de la modicité et de la rareté des dépôts d'ossements calcinés, le terme de sépulture paraît très discutable. On a certes évoqué le rôle d'une certaine acidité du sol qui aurait pu "digérer" les restes organiques, le pH des monuments fouillés se situant, en moyenne, aux environs de 5,2. Un correctif doit cependant être apporté du fait que les microconditions locales peuvent intervenir : de simples charbons de bois sont susceptibles de neutraliser l'acidité du sol et de protéger les fragments osseux mélangés avec eux (cas du baratze Errozate 2, du baratze-tumulaire Millagate 5). On peut toutefois s'étonner, alors, de l'absence complète de tout fragment osseux dans les abondants charbons du baratze Apatesaro 1, du baratze-tumulaire Zaho 2 et de tous les autres monuments où ces importants dépôts eussent pu produire leur effet protecteur. Il semble qu'on soit en droit de penser que, dans ces cas là, il n'y a pas eu de dépôts d'ossements, dès l'origine. Enfin, une incinération vraie, poussée très loin, donne une véritable poussière d'os très difficile à recueillir et aboutit, pour l'archéologue, au même résultat qu'un simple prélèvement symbolique de charbons de bois sur l'ustrinum, en fin de cérémonie. Il nous paraît tout à fait risqué de dénier, à priori, aux monuments ne recelant pas d'ossements calcinés visibles, la moindre finalité funéraire. La multiplicité des gestes symboliques dont nous avons trouvé les traces dans l'architecture de ces constructions, contrastant avec la modicité ou même l'absence de restes humains, nous ont fait depuis longtemps abandonner le terme de "sépulture" pour lui préférer celui de "cénotaphe", monument symbolique évoquant la mémoire de l'individu, lieu où la commémoration peut être indépendante, éventuellement, de tout dépôt humain. Le baratze-tumulaire Millagate 4 avec son recueil complet d'ossements est donc une exception ; il correspond vraiment à une sépulture, tout en étant comparable, par ailleurs, aux autres monuments sur lesquels il projette ainsi un éclairage révélateur quant à leur très probable finalité funéraire.

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