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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 20:52

Grâce au message transmis par les Basques de la Protohistoire dans la réalisation de leurs monuments funéraires, il est possible, au XXI siècle, d’avoir un aperçu de la richesse de leur vie spirituelle.

 

Mots clés : cromlech, baratz, incinération, inhumation, sépulture, cénotaphe, symbolique.

 

C’est sur la pierre que Boucher de Perthes fonda l’Archéologie au XIXe siècle, au vu des bifaces qu’il découvrit à Abbeville et il est vrai que la pierre, en général, demeure un élément privilégié d’étude pour l’archéologue, étant donné son caractère quasi impérissable.

 

Dans le domaine de la Protohistoire basque, les pierres sont le point d’appel principal pour l’attention du chercheur, et les structures que réalise leur agencement, l’objet essentiel des fouilles.

 

Dès que l’Homme a voulu bâtir une construction durable, ici comme ailleurs, c’est tout naturellement à la pierre qu’il s’est adressé et, de plus, elle abonde chez nous. Cependant cette vision pérenne et entière des choses doit être nuancée : les intempéries, en particulier les pluies et le gel, ont des effets destructeurs sur certaines dalles de grès, et les Hommes, bien sûr, dans leur quête de « trésors » ou par leurs activités « d’aménagement » ou de culture, contribuent à la dégradation et à la disparition de nombreux monuments. Au final, le message transmis est déjà altéré avant toute étude, et l’archéologue doit aussi en tenir compte.

Nous examinerons tout d’abord sous quelle forme est transmis ce message venu de la protohistoire, c’est à dire les pierres et les structures funéraires qu’elles réalisent, et dans un deuxième temps l’interprétation du message qui nous est ainsi transmis : nous verrons les multiples difficultés qui surgissent alors, et combien plus de questions sont posées que de réponses apportées…….

 

LE « MESSAGE » LUI MEME.

 

Les pierres, tout d’abord, proviennent elles mêmes de l’environnement immédiat et en reflètent la nature géologique : ce sont essentiellement les dalles issues des filons de grès triasique abondant dans la région, ou des blocs calcaires de poudingue ou de quartzite. Il est tout à fait exceptionnel de trouver un matériau provenant d’un lieu éloigné : un seul cas dans nos fouilles à Mendizabale 7 (Blot J, 2000), et si la signification nous en échappe, la raison n’en existait pas moins.

 

Le transport sur de courtes distances de ces modestes dalles ou de même des blocs n’a pas du poser de gros problèmes aux Protohistoriques dont les proches ancêtres avaient réussi l’édification des dolmens, souvent autrement imposants quant à leurs masses !

 

Enfin soulignons que la plupart des éléments ont été taillé, épannelés, sur les lieux mêmes du monument semble t’il , afin de leur donner la forme appropriée.

Parmi les structures ainsi réalisées, on peut en distinguer trois sortes : les cercles de pierre (baratz) aussi appelés cromlech, les cercles entourant un tertre (baratz-tumulaire), ou « tumulus-cromlech », et les tumulus simples.

 

Comme l’avait déjà supposé J P Mohen (Mohen J P, 1980) et comme l’ont confirmé nos fouilles ces 3 modalités architecturales ne sont que des variantes d’un même « plan de base ».

On compte en Pays basque de France (voir carte ci dessus) un total de 216 baratz 61 baratz-tumulaires et 213 tumulus : parmi ces structures, 38 ont été fouillées (Blot J, 1993) qui se répartissent ainsi : 21 cercles de pierres, 9 baratz-tumulaires et 8 tumulus (Blot J, 1995).

Le « message » à l’état brut, c’est à dire le monument tel que nous le livre les siècles, avant toute fouille, n’est pas toujours facile à identifier, il faut souvent un œil entrainé pour percevoir au ras du sol, quelques pierres disposées en cercle parmi d’autres, plus ou moins dissimulées dans les herbes ou les fougères, ou pour deviner la légère éminence d’un tumulus.


Concernant les baratz, les diamètres varient entre 4 et 7 mètres, rarement plus et le nombre de pierres visibles avant la fouille est très variable : 5 à 12 pierres dans 50 % de cas. Après la fouille le nombre de pierres peut être doublé ou même triplé, celles-ci ayant été recouvertes volontairement dès l’époque de la construction, ou ultérieurement par le colluvionnement.

Les baratz-tumulaires ont un diamètre légèrement supérieur (en moyenne 6 à 7m) et la hauteur du tertre (le plus souvent en terre, à 2 exceptions près) varie entre 0.30 et 0.70m. Les tumulus simples ont sensiblement les mêmes dimensions : ce qui les différencie essentiellement des baratz-tumulaires, c’est bien sûr l’absence du cercle de pierres périphériques et le fait qu’ils sont tous constitués d’un amoncellement de pierres, de la taille du poing ou d’un pavé, non régularisées dont la disposition est tout à fait anarchique.

Notons dès maintenant que baratz, baratz-tumulaires et tumulus simples peuvent parfois être groupés, réalisant ainsi de véritables nécropoles : nous y reviendrons plus loin.

La fouille nous révèle que les architectures réalisées en dalles sont toujours plus esthétiques que celles en blocs : elles sont parfois même très sophistiquées : le baratz Méatsé 11 (Blot J, 2003) pourtant un des tous premiers construits en est un exemple démonstratif : la couronne extérieure de 4.30m de diamètre est formée d’une série de dalles plantées de chant, suivant les rayons du cercle, à intervalles réguliers, comblés eux mêmes par des groupes de dallettes disposées horizontalement. Dans d’autres cas, les dalles peuvent être plantées en position tangentielle par rapport au tracé du cercle comme pour Méatsé 12 (Blot J, 1996).

Inversement, les constructions réalisées en blocs (poudingue, quartzite) sont plus grossières, mais la recherche esthétique et le soin apporté aux détails sont tout aussi évidents. Il est fréquent que le cercle périphérique soit doublé d’un second cercle concentrique et interne au précédent dont les éléments, de taille beaucoup plus modeste, souvent invisibles avant la fouille.

 

Les structures construites au centre des baratz ou des baratz-tumulaires sont tout à fait semblables : elles confèrent aux monuments toute leur signification : ce sont elles, en général, qui reçoivent le dépôt rituel, souvent bien modeste, de charbons de bois et/ou de fragments osseux humains calcinés. Plusieurs modalités peuvent se voir : soit un caisson fait de petites dalles bien ajustées le plus fréquemment, et très soigneusement élaboré type Méatsé 12, ou bien de blocs. Il peut s’agir aussi d’un petit cercle de pierres de 1m de diamètre au maximum, ou d’une petite ciste en U, ou d’un petit amas pierreux en dôme : ce peut même être une simple pierre centrale sous laquelle repose le dépôt rituel.


Pour les tumulus simples, il s’agit le plus souvent d’un petit caisson en dalles noyé au centre de la masse des pierres du tumulus.

Il existe enfin de rares cas où aucune structure n’est retrouvée dans la région centrale : nous y reviendrons plus loin.

En dehors du grand soin apporté à l’édification de ces monuments, la fouille révèle que très souvent le sol du site choisi a fait l’objet d’un décapage en profondeur sur une surface légèrement supérieure au diamètre du futur monument, et du creusement d’une tranchée périphérique où seront plantées les pierres de la couronne externe.

 













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Published by Dr Jacques Blot - dans Article Doc Publication
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