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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 07:54

 

 

GENERALITES

Situation. contexte géographique

Ce monument est situé au col de Méatsé, a 716 m d'altitude, tout à côté de la frontière internationale entre les provinces du Labourd et de Navarre. Le site est dominé par les sommets de l'Artzamendi (926 m) au Nord, et celui d'Iguzki (844 m) au Sud. Il s'agit d'un ensemble montagneux, proche des habitats de plaine, d'altitude modérée, d'accès aisé , qui a été de tout temps très favorable au pastoralisme.

Coordonnées :

Carte IGN 1/25000. Série Bleue : 1345 Ouest Cambo les Bains

x =295,375 ; y=3115, 050 ; alt : 716m

Commune d'Itxassou

N° du site : 64/279/011/AH

Parcelle C6 - 798 - Zone III

Lieu-dit : Méatsé.

 

 Historique

Nous ne nous étendrons pas sur l'historique de cette nécropole que nous avons abondamment traité dans le compte- rendu de fouille du cromlech Méatsé 8. (Blot,1995, a).

Le col de Méatsé devient, dans son ensemble, un gigantesque parking pour voitures de tourisme dès que les conditions climatiques le permettent ; la sauvegarde des monuments s'en ressent, bien évidemment.

“Aussi en 1993, dans un but tout à la fois de prospection, d'étude et de protection, le Service Régional de l’Archéologie a fait procéder à une prospection géophysique du sous-sol selon la méthode des résistivités électriques. Les anomalies mises en évidence par la carte des courbes d’isorésistivité peuvent correspondre à des structures archéologiques enfouies ; ces anomalies doivent faire l’objet de sondages mécaniques afin d’en assurer l’origine”.

C'est au cours de ces travaux, réalisés en juillet 1994, par M. Martinaud que nous a été signalée l'apparition de pierres appartenant à un cromlech, avec la mise à nu des structures occasionnée par le passage répété des véhicules tout-terrain sur la piste. Une fouille de sauvetage urgent a donc été décidée avec l'autorisation de P. Hiharour, Maire d'Itxassou, et l'accord du Service Régional de l'Archéologie d'Aquitaine.

 

 

Contexte archéologique

La nécropole de Méatsé recèle actuellement un dolmen et 11 cercles de pierres identifiés, ou fouillés plus ou moins en totalité. Dans le voisinage immédiat, il existe au flanc nord-est du mont Iuskadi un groupe de 5 autres cercles, et au flanc est de l'Artzamendi, un autre groupe de 3 monuments décrits par J.M. de Barandiaran,auxquels nous ajouterons deux autres cercles identifiés par nous ultérieurement.

 

 

RESULTATS DE LA FOUILLE.

La couronne externe ou péristalithe

Elle a la forme d'un cercle, à peu près régulier de 5 m de diamètre, formé de deux ensembles : un cercle interne de petites dalles groupées en amas, et un cercle externe, discontinu, de grandes dalles disposées tangentiellement aux précédentes.

Le cercle interne.

Les petites dalles qui le constituent sont empilées les unes sur les autres en amas réguliers de 4 à 8 éléments, bien visibles en particulier dans le secteur nord. Ces petites dalles, en grès rose triasique, présentent toutes les traces anciennes de cassures pratiquées afin de leur donner des formes et dimensions assez homogènes, rectangulaires dans l'ensemble, d'environ 0,40 m x 0,30 m et de 2 à 6 cm d'épaisseur. Il est fréquent d'observer des traces d'épannelage tout au long d'un côté. Quand la disposition d'origine est encore visible, il semble que ces amas de dallettes aient été séparés d'environ 8 à 10 cm les uns des autres. Si les dalles les plus superficielles ne sont séparées de la surface actuelle du sol que par une vingtaine de cm, les plus profondes atteignent 0,40 m à 0,50 m de profondeur, restant toutefois séparées du paléosol par une épaisseur de 0,20 à 0,30 m de terre meuble. Enfin les empilements de dallettes ne sont pas horizontaux, mais sont légèrement inclinés en direction du centre du monument.

Il semblerait que cette disposition remonte à l'origine, compte tenu de son uniformité, et de l'inclinaison, régulière elle aussi, comme nous allons le voir, des grandes dalles externes. Il faut signaler que les dallettes des amas ont souvent glissé les unes sur les autres, et que la disposition probablement régulière et harmonieuse à l'origine, est parfois difficilement reconnaissable. Le secteur sud - sud-est présente quelques différences notables qui ne paraissent pas devoir être toutes attribuables aux dégradations dues au passage de la piste. On remarque en effet que les empilements de dalles sont bien plus espacés, ne comportent guère plus de 2 à 3 éléments suivant les endroits, et que les dimensions des dallettes sont elles-mêmes inférieures à la moyenne observée jusqu'alors. Enfin, alors que les dalles les plus profondes des amas du secteur nord étaient séparées par 30 à 40 cm du paléosol, on note qu'ici elles reposent presque directement sur lui.

Le cercle externe

Il est formé de 18 dalles, toujours en grès triasique local, aux dimensions sensiblement plus grandes que celles du cercle interne, pouvant atteindre entre 0,50 m et 0,80 m, et 0,50m de large en moyenne. La plupart présentent des traces de cassures volontaires ou même un véritable épannelage. Elles ne forment pas un cercle continu, étant espacées d'environ 0,30 m les unes des autres. Disposées de façon régulière, tangentielles aux empilements du cercle interne, il semble bien qu'elles aient été plantées au niveau des intervalles séparant ces amas de dallettes, ceci étant particulièrement net dans le secteur nord. Toutefois les glissements déjà signalés au niveau des amas en rendent parfois difficile le diagnostic, d'autant que certaines de ces dalles externes ont, en outre, été brisées (secteur sud- sud-ouest).

Concernant leur implantation, deux faits sont à signaler :

Tout d'abord, dans le secteur nord en particulier, ces grands éléments ont été enfoncés plus profondément que les petits amas de dallettes, puisqu'en moyenne leur base atteint 0,70 m de profondeur, soit le niveau du paléosol grèseux formé de plaques de grès délité jaune. Ensuite ces dalles externes ne sont pas plantées verticalement, sauf une seule. Cette dernière n'avait aucune raison technique apparente d'être restée verticale, ne possédant, en particulier, aucune pierre de calage (les autres en sont aussi dépourvues) et la profondeur de son implantation étant identique à celle des autres dalles externes. Si l'on fait une étude statistique de leur pendage, on constate pour les 3/4 d'entre elles une inclinaison moyenne de 15 à 20° . Cette constante ne semble pas due à des causes naturelles, mais résulter d'un choix. Ces éléments externes ont-ils été disposés sur les bords inclinés d'une excavation creusée "en entonnoir" ?

Enfin, au niveau du secteur sud-sud-est on retrouve les différences déjà signalées pour le cercle interne. Si l'on y remarque le plus grand élément du cercle externe (1,10 m de long) on note aussi un espacement plus important entre eux, et surtout une position particulière puisque la profondeur d'implantation ne semble pas avoir été supérieure à celle des petites dalles internes, qui reposent sur elles. Ceci paraît dû au fait que les constructeurs n'ont pas pu ou voulu franchir le paléosol grèseux, dont le niveau remonte régulierement du nord vers le sud. De ce fait, la profondeur d'implantation s'est trouvée très réduite, et les éléments externes ont pu basculer plus aisément sous l'influence du passage de la piste.

Il est intéressant de noter que l'ensemble des amas de petites dalles du cercle interne repose sur un sol incliné d’environ 7°. Le pendage de la plus grande pente dans la même direction nord - sud, est le même. Il est donc très vraisemblable que les constructeurs ont déposé ces empilements à la même profondeur par rapport à la surface du sol de l'époque, mais qu'ils se sont heurtés, en ce qui concerne les grandes dalles externes, à la remontée du paléosol dans le secteur sud.

 

Le coffre central

Sa dalle de couverture apparaissait en partie, dès avant les travaux et servait même de support au balisage du GR 10.

Le dégagement progressif a été mené régulièrement en même temps que celui du péristalithe, et a permis de mettre au jour un coffre encore remarquablement bien conservé, essentiellement constitué d'une dalle de couverture et de 4 dalles latérales.

La dalle de couverture.

Elle présente un aspect grossièrement triangulaire à sommet ouest - sud ouest. Elle mesure 1,70m selon son plus grand axe ouest-est .

Elle est d'épaisseur irréguliere, atteignant 5 à 6 cm tout au long du bord nord, alors que les bords sud et est sont beaucoup plus minces (1 à 2 cm). On ne trouve aucune trace de régularisation que dans l'extrémité ouest du bord nord, cette grande dalle ayant gardé par ailleurs sa forme d'origine. De nombreux traits de fracture sont visibles à sa surface, sa position superficielle l'ayant exposée à tous les risques. Elle recouvre un coffre rectangulaire parfait, formé de 4 dalles latérales, mesurant 1,05 m de long et 0,65 m de large, dont le grand axe est identique à celui de la dalle de couverture. Totalement rempli de terre, sa profondeur est déterminée par la hauteur des dalles latérales, soit 0,45 m environ.

La dalle sud

La plus épaisse (0,10 m en moyenne) est légèrement inclinée vers l'intérieur du coffre, vraisemblablement par un glissement de sa base vers l'extérieur. Elle présente des cassures nettes à son bord est, sur tout le bord ouest, et des traces d'épannelage sur ses bords supérieurs et inférieurs. Au niveau de l'angle sud-ouest du coffre, la dalle sud n'étant pas assez grande (0,96 m de long), deux petites dalles ont été disposées pour combler le vide à ce niveau ; elles ont, depuis, basculé vers l'avant. On notera aussi la présence, très intéressante,d'un fragment de dalle triangulaire disposé à la partie inférieure et est de cette dalle latérale sud, au niveau où son bord est, oblique en haut et en arrière, n'obture pas bien le coffre. Doit-on voir là une tentative "symbolique" pour obstruer ce vide nettement visible? Remarquable, aussi, que ce fragment de grès soit séparé du paléosol par une vingtaine de cm, c'est-à-dire qu'il soit disposé au même niveau que la base des petits amas de dallettes du cercle interne.

La dalle nord

Elle est plus mince que la précédente, entre 2 et 5 cm suivant les endroits, et bien verticale. Des traces de cassure sont visibles sur les bords est et ouest, ainsi que de nombreuses traces d'épannelage sur son bord inférieur. Sa longueur (1,16 m) lui permet de clore efficacement toute la paroi latérale nord du coffre.

Enfin, on remarque, ici aussi, un petit bloc de grès disposé au niveau de la face externe de cette dalle et séparé, là encore, par une vingtaine de cm du paléosol.

 

La dalle est

Elle est la plus mince de toutes, entre 1 et 3 cm, légèrement inclinée vers l'intérieur du coffre. Elle est de forme sensiblement rectangulaire et mesure 0,45 m de haut et 0,50 m de large. Elle présente des traces d'épannelage tout le long de ses bords, sauf le bord nord qui est naturel.

 

 

La dalle ouest

Bien verticale, son épaisseur varie entre 3 et 6 cm. Ses dimensions sont très semblables à la précédente : 0,43 m de haut et 0,50 m de large. Elle présente des traces d'épannelage tout le long de ses bords sud et nord.

Les bords inférieurs de toutes les parois du coffre atteignent le paléosol, comme les dalles du cercle externe. Enfin le contact des bords supérieurs de ces mêmes parois avec la dalle de couverture est très suffisant pour avoir assuré une bonne étanchéité à ce coffre. L'espace entre péristalithe et coffre était entièrement libre, à part les deux fragments de grès déjà cités, de part et d'autre du coffre

Contenu du coffre.

La terre contenue dans le coffre était absolument identique à la terre ambiante. Seules quelques rares particules de terre calcinée, rouge brique, ont été notées, ainsi que quelques fragments de charbons de bois très clairsemés, dans la partie supérieure, sans amas pouvant évoquer un "dépôt". Malgré un tamisage très soigneux, rien d'autre n'a été recueilli, en particulier aucun fragment osseux calciné.

 

Stratigraphie du monument.

Au-dessous de la couche superficielle d'humus, épaisse d'environ 4 à 5 cm et contenant les racines du gazon, on ne note aucune stratigraphie particulière. Jusqu'à 0,70 m de profondeur (dans la zone nord, intacte) on ne trouve qu'une terre argileuse, homogène, marron rouge, à reflets violacés. Au delà de 0,70 m apparaît le paléosol, essentiellement formé de plaquettes de grès jaune doré plus ou moins délitées. A aucun moment nous n'avons noté de strate de terre rubéfiée pouvant évoquer un ustrinum, que ce soit à l'intérieur du monument, ou à la périphérie de la fouille (dans la coupe du terrain).

 

Mobilier.

Il n'a été recueilli aucun outil en silex, ni aucun éclat ; aucun fragment de céramique ou de métal. Par contre, dans le secteur nord on a trouvé un galet rond disposé à 0,40 m de profondeur, sur l'avant dernière dalle d'un petit amas de dallettes du cercle interne, et, en position pratiquement symétrique, un "chopping-tool" qui avait été déposé à la base de la plus grande dalle du cercle externe

 

Nous devons à 1'amabilité de D. Ebrard, l'étude suivante concernant ces 2 objets:

1- Macro-outil aménagé sur un galet de quartzite

Il s'agit d'un galet de quartzite marron présentant en surface quelques plages rouges d'oxyde ferrique. Ce galet semble provenir d'affleurements de poudingue proches de la nécropole protohistorique. Dimensions : 14,5 cm x 12 cm,et 7,5 cm d'épaisseur. Poids: 1, 950 Kg.

Le galet a été sectionné obliquement dans sa portion distale et dans sa portion proximale

. Deux tranchants opposés ont ainsi été obtenus.

La partie proximale de la face A a été retouchée transversalement par une série d'enlèvements ou écailles larges pour obtenir un outil denticulé carénoïde.

Trois enlèvements ont été réalisés sur la partie distale de la face C mais ce tranchant n'a pas ou a peu été utilisé.

Etant donné son poids, l'outil, semble n’avoir pu être utilisé qu'à deux mains. Le bord retouché en denticulé carénoïde était plus résistant et plus percutant . Il a été très utilisé car le tranchant émoussé ou écrasé a complètement disparu à la suite de coups portés sur un matériel dur.

Ce macro-outil a pu servir de têtu pour dégrossir ou épanneler les dalles de grès du cromlech.

Deux autres zones portent les traces de coups portés avec cet outil tenu dans l'autre sens (zone piquetée en position centro-distale de la face A) ou tenu dans le sens vertical (l'angle inférieur droit de la face A est très émoussé).

Attribution chronologique

L'utilisation envisagée par J. Blot comme outil (sorte de têtu) ayant servi à régulariser ou à épanneler les dalles de grès triasique du cercle de pierres Méatsé 12 nous paraît donc tout-à-fait possible, ainsi que la fabrication et l'utilisation d'un tel outil durant la protohistoire.

Nous remercions A. Armendariz, I. Barandiaran, A. Llanos et C. Normand rencontrés lors du Colloque sur l'Archéologie du Pays Basque Péninsulaire organisé par Eusko Ikaskuntza à Bayonne le 1er octobre 1994, d'avoir bien voulu nous donner leurs avis convergents sur l'utilisation et l'attribution chronologique de cet artefact.

2-Galet de quartzite marron

Il présente seulement deux petites surfaces piquetées pouvant résulter d'une utilisation comme enclume ou éventuellement comme percuteur.

En forme de poire, il mesure 11 cm de haut, 8,5 cm dans sa partie la plus large et 5 cm d'épaisseur maximum. Poids : 750g.

 

 

RESULTATS DES EXAMENS COMPLEMENTAIRES

1- La datation par le 14 C :

Les quelques très rares particules de charbons de bois recueillies dans le coffre ont fait l'objet d'une datation. On trouvera ci-après les résultats et commentaires de M. Fontugne, que nous tenons à remercier vivement ici.

Résultat de la mesure d'âge de l’échantillon Gif-9958 par le carbone 14 : 340 + 70 ans B P.

Date calibrée: cal A.D. (1436, 1953)

Intervalle de confiance 95 % (2 sigmas)

Calibration d'après Stuiver et Reimer, 1993 (Rad. V. 35, n° 1, 1993, p. 215 - 230)

 

Commentaires (M. Fontugne) : "Le résultat obtenu est sans ambiguité, car l'activité mesurée est de 95 % de l'activité moderne ; pour un échantillon de l'Âge du Fer ancien, l'activité serait de 70 %. En considérant cette différence, on ne peut que conclure à une "pollution", c'est-à-dire que les charbons sont intrusifs (animal fouisseur par exemple) ou dans ce qui a été daté, un morceau de charbon moderne est venu se glisser dans le coffre. Compte tenu de la faible quantité de matériel dont nous disposions, l'introduction, même minime, de charbon moderne donne des erreurs considérables".

 

2- Palynologie

L’étude a été effectuée sur un échantillon prélevé à la base même du contenu du coffre, soit à 0,45m de profondeur par rapport à sa dalle de couverture. La “pollution” évoquée pour les charbons de bois (superficiels) peut, certes, l’être ici aussi, mais nous semble beaucoup moins probable compte tenu de la différence notable de niveau de ces deux prélèvements.

Nous devons à L. Marambat (Archéolabs ; Arc. 95/R.1319 P) l’étude palynologique dont nous donnons ici l'interprétation et la conclusion.

La construction du cromlech s'est effectuée dans un paysage déboisé. Les espaces ouverts sont occupés par des prairies à graminées dont les fréquences élevées attesteraient la proximité. Les traces de cultures ne sont pas notées près du site (...). Le couvert arboré est peu diversifié et réduit (AP=25%). Les éléments forestiers, tels le chêne (1%) et le hêtre (2%), sont rares. Ils traduisent soit des boisements éloignés du site soit une faible représentation à proximité du site. Le noisetier (16%), essence de reboisement et de lisière de forêt, domine l'ensemble. L'aulne (6%) et le saule sont favorisés dans les lieux humides (...). Pour tenter de préciser l'âge de l'échantillon analysé et sa position chronologique vis-à-vis des autres monuments du col de Méatsé, une comparaison avec les associations végétales déjà reconnues dans les deux cromlechs Méatsé 6 et Méatsé 8 s'impose. Les fréquences des principales essences déterminées 

indiquent que les pourcentages d'arbres de l'échantillon issu de Méatsé 12 (AP=25%) sont plus proches de ceux de Méatsé 8 (AP=30%) que de Méatsé 6 (AP=72%). Le hêtre y est toutefois moins important et le noisetier plus abondant. Les taux du chêne sont assez faibles dans les deux échantillons. Les fréquences des graminées diffèrent nettement entre Méatsé 12 et Méatsé 8 qui comporte surtout des éricacées (Calluna et Erica, 40%). Les cortèges polliniques de ces deux échantillons ne sont donc pas synchrones. Ils ne sont pas non plus contemporains de ceux de Méatsé 6.

Dans ce contexte, seules les fréquences du hêtre permettraient de proposer une date pour l'échantillon. L'extension de cette essence associée à des pourcentages faibles (1% ou 2%), est en effet datée aux environs de 3000 BP sur le versant sud du Pays Basque (Penalba, 1989). Sur le littoral, au Moura, sa régression, caractérisée également par de faibles fréquences, est postérieure à 2500 BP (Reille, 1993). Ces données fournissent des points de repère qui permettent de situer les spectres polliniques issus de Méatsé 12 dans le Subboréal ou le Subatlantique. Toutefois, elles sont établies dans des secteurs trop éloignés du site ou d'écologie différente, telle la zone littorale, pour pouvoir être exploitées de façon plus précise dans le contexte du site.

En conséquence, les associations polliniques de Méatsé 12 peuvent être plus jeunes ou plus anciennes que celles de Méatsé 6 et de Méatsé 8. En l'absence d'une séquence régionale de référence continue et datée, établie en tourbière, qui préciserait les modalités des variations de la courbe du hêtre, l'étude palynologique ne permet pas de proposer un ordre chronologique entre ces trois monuments (...).

Les spectres polliniques issus de ce cromlech sont différents de ceux qui proviennent des monuments proches. On peut alors envisager que la construction de ce monument n'est pas contemporaine de l'édification des deux autres.

 

INTERPRETATION DES RESULTATS

Actuellement les cercles de la nécropole de Méatsé sont presque tous complètement enfouis dans le sol. Ce recouvrement est dû au colluvionnement issu des deux sommets qui dominent immédiatement le col. Il est difficile, à l'heure actuelle, de se représenter Méatsé 12 au moment de l'achèvement de sa construction, de savoir s'il était déjà enfoui ou en partie visible comme l'étaient probablement Méatsé 1 ou Méatsé 8, par exemple...

C'est avec toute la prudence exigée dans ce genre d'hypothèse, que nous proposons les différentes étapes suivantes pour la construction de ce monument :

Tout d'abord on notera que les constructeurs n'ont pas choisi un sol plat, mais en pente (7°). Est-ce parce que le reste du site était déjà occupé dans ses parties planes ?

Dans un premier temps on a dégagé le terrain sur une aire circulaire de 5 m environ, jusqu'à une profondeur correspondant au niveau actuel : 0,40 m. Les petits amas de dallettes y ont été disposés de façon régulière, sauf dans le secteur sud sud-est où les éléments sont moins nombreux et plus espacés.

Les grandes dalles externes dont la base va plus profondément, ont pu être disposées en procédant à un élargissement de la zone dégagée, suivant une coupe oblique du terrain, rnenée en profondeur jusqu'à l'obstacle du paléosol. On n'oubliera pas la présence d'une seule dalle, parfaitement verticale dans le secteur nord, ne bénéficiant cependant d'aucune pierre de calage ; cette disposition, unique, nous paraît essentiellement symbolique.

Les dalles latérales du coffre ont ensuite été enfoncées au centre géométrique du monument, jusqu'au paléosol alors que les deux petits blocs de grès, de part et d'autre du coffre, étaient déposés au même niveau que les amas de dallettes du péristalithe. Nous verrions dans ces deux éléments, ainsi que dans le dépôt du galet et du chopping-tool sur le péristalithe, des gestes encore éminemment symboliques.

La question se pose de savoir si le chopping- tool, est un outil fabriqué par les constructeurs, par exemple pour épanneler les dalles du péristalithe, ou un objet ancien, reconnu comme fait de main d'homme, recueilli et disposé à titre d'offrande. Ce type de dépôt a déjà été signalé, par exemple à Jatsagune (Blot J. 1979) à Sohandi 2 (Blot J-l987), et Sohandi 4 (Blot J.l984 ) ainsi que dans certains tumulus du Béarn (Dumontier et al, 1984 p. 153).

Il n'est pas exclu, en outre, dans le cadre de l’hypothèse funéraire (voir plus loin), que le monument ait pu être achevé bien après l'incinération du défunt, les prélèvements symboliques sur l'ustrinum pouvant alors se réduire à leur plus simple expression. Si on tient compte, en effet, des dimensions de ce cromlech, du nombre de dalles ayant bénéficié d'un travail de rectification ou même d'un soigneux épannelage, on conçoit que la confection de ce monument ait pu exiger du temps, probablement plusieurs jours, à moins qu'une très abondante main-d'oeuvre, que nous pensons peu probable à ces altitudes, s'y soit consacrée.

 

 

CONCLUSION :

Si dans son ensemble l'architecture de Méatsé 12 se rapproche beaucoup de celle de Méatsé 8, elle en diffère essentiellement par la disposition des grandes dalles externes disposées tangentiellement aux petits amas de dallettes, et non pas de façon radiale, entre chacun d'eux, comme c'était le cas pour Méatsé 8 ou Méatsé 1(Chauchat, Cl, 1977).

Cette dernière disposition avait l'avantage d'empêcher les piles de dallettes de glisser, et leurs éléments de se chevaucher comme on le voit à Méatsé 12.

Par ailleurs, le coffre, ici, est plus grand, mais ne comporte pas tout l'assemblage de petites dalles periphériques que présentait Méatsé 8.

A l’évidence, malgré des variantes, on retrouve un grand air de parenté entre tous les monuments connus de la nécropole de Méatsé. Certes, les dalles de grès triasique se prêtent fort bien à des constructions soignées, mais les motivations d’ordre rituel, les gestes symboliques, nous paraissent, de loin, devoir l’emporter dans les choix et les réalisations des différentes architectures de ce site.

La signification de ce type de monument, sans restes humains, n’est pas évidente. Nous avons déjà eu l’occasion d’exposer notre opinion à ce sujet (Blot, J. 1995, b) ; nous la résumons ici brièvement.

Certains cercles de pierres ne contiennent que quelques rares ossements calcinés mélangés à des charbons de bois, tels Errotzaté 2 (Blot, J. 1977) ou Millagate 5 (Blot, J. 1991), alors que Millagate 4 (Blot, J. 1988) recèle l’ensemble des restes d’un individu incinéré ; par contre d’autres cercles à l’architecture semblable, ne contiennent qu’une poignée plus ou moins abondante de charbons de bois.

La présence ou non de restes humains peut relever en tout premier lieu d’un choix délibéré, la position sociale de l’individu, par exemple, imposant un recueil complet des ossements calcinés ou permettant, au contraire, de se satisfaire d’un prélèvement symbolique de quelques charbons de bois avec ou sans ossements : cette dernière attitude serait bien en harmonie avec l’architecture de ces monuments où abondent les gestes symboliques.

Le petit nombre ou l’absence d’ossements calcinés peuvent aussi dépendre (en plus d’un choix délibéré) des conditions locales (acidité du terrain par exemple), de l’intensité de la combustion (très poussée, elle aboutit à une véritable poussière d’os), ou du broyat volontaire des fragments calcinés. Ces trois dernières éventualités ne présentent, en définitive, pour l’archéologue aucune différence avec un simple recueil symbolique de charbons de bois. Nous posons donc la question : à partir de quelle quantité d’ossements un monument peut-il être qualifié de funéraire ?

Pour notre part nous avons préféré appeler “cénotaphe” plutôt que sépulture ce type de construction sans restes humains visibles, mais dont l’architecture est parfaitement semblable à celle des monuments en possédant. Cette interprétation “funéraire” n’est certes qu’une hypothèse, mais c’est celle que nous retenons en attendant des propositions d’interprétation plus justifiées.

Nous regrettons ici l’absence quasi totale de charbons de bois qui semble être une des caractéristiques de ce site, puisque , sur les sept monuments qui ont été fouillés, seuls deux ont pu être datés : Méatsé 8 (Gif.9573) 2960 + 50 ; datation calibrée BC : 1313, 1004, ce qui en fait le plus ancien cromlech daté de l’ensemble du Pays Basque, et Méatsé 2 (Ly. 881) 2380 + 130, soit 800, 165 BC. comme on l’a vu, l’analyse palynologique n’est, hélas, pas d’un grand secours, nous indiquant seulement que Méatsé 12 ne semble pas contemporain des deux autres cercles.

.Le cercle de pierres Méatsé 12 présente, comme tous les autres monuments de cette nécropole, une architecture très soignée, contrastant avec une absence totale de mobilier, de charbons de bois, ou de restes humains,calcinés ou non. Sa signification parait donc essentiellement symbolique, comme nous l'avons déjà noté pour les constructions similaires fouillées en Pays Basque. La palynologie le situe au Subboréal ou au Subatlantique.

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Published by Dr Jacques Blot - dans Compte Rendu de fouilles
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commentaires

Lionel Andia 05/05/2009 18:01

Bravo pour votre blog

Dr Jacques Blot 24/02/2012 06:30



Merci



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