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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 09:00

Avec l'introduction de la métallurgie du fer et, comme elle d'origine centre-européenne, un nouveau rituel funéraire va progressivement s'imposer au cours du dernier millénaire : l'incinération. On en connaît toutefois quelques rares cas au Bronze ? et même à l'âge du Cuivre, comme l'indiquent certaines datations au C14 obtenues à l'occasion de nos fouilles.

Il semble qu'avec ce nouveau rite, on attache maintenant moins d'importance à l'aspect matériel de la mort, qu'il s'agisse du cadavre lui même que l'on brûle, ou de la tombe qui n'a plus les caractéristiques monumentales, ou même indestructibles du dolmen. Tout devient symbole. Le feu étant sans doute considéré comme un agent de spiritualisation, libérant l'esprit, lui permettant de retourner, dans la fumée de son enveloppe corporelle, au monde de l'au delà dont il est issu.

L'inhumation en dolmen en tumulus ou en grotte, étant progressivement abandonnée, l'incinération, en Pays Basque, se pratiquera essentiellement dans des monuments construits à l'air libre. Il n'est pas exclu ; mais ces exceptions confirment la règle, que certaines incinérations aient pu être pratiquées dans quelques grottes, mais, en Pays Basque sud par exemple, on n'en connaît aucun cas absolument certain. On a aussi pu réutiliser quelques dolmens, pour y enfouir de ossements calcinés (cas du dolmen d'Ithe 1  D Ebrard).

Les nouveaux monuments, à incinération, seront encore érigés le long des pistes pastorales, comme dans le passé, mais souvent à des altitudes supérieures, en marge de l'aire mégalithique antérieure, situation liée sans doute à la lente mais régulière occupation du milieu naturel, ou à des facteurs rituels nouveaux.

Ces monuments vont revêtir trois aspects : le cromlech, le tumulus-cromlech ou le tumulus simple. Les fouilles que nous avons effectuées ces dernières années, ainsi que les datations au C14 obtenues à partir de prélèvements dans ces monuments, permettent d'établir que ces trois types architecturaux ne sont, en définitive, que des variantes du même rituel funéraire à incinération, et qu'il serait donc assez artificiel de vouloir les étudier séparément.

Le cercle de pierres, ou cromlech ou « baratz » en basque, est formé de dalles enfoncées dans le sol, ou d'une petite murette de pierres sèches, ou des deux types associés.

Au centre, existe presque toujours un dépôt de cendres ou de charbons de bois, très rarement des fragments osseux humains calcinés. Ce dépôt peut être effectué à même le sol (Errotzate), dans un petit coffre (Méatse B) dans une petite ciste en dalles ou pierres sèches (Mehatze 5) ou sous un dôme pierreux (Okabe 6). La présence de céramique n'a été notée que deux fois, et encore était elle brisée et incomplète.

 

Un cercle de pierres (ou péristalithe) peut entourer un tumulus de terre ou de pierres ; il s'agit alors d'un « tumulus-cromlech » (Bixustia, Pittare, Millagate 4).

Il existe enfin des tumulus de terre ou de pierres, sans péristalithe ; ce sont des tumulus simples. Les modalité architecturales centrales sont les mêmes, pour tumulus et tumulus-cromlech, que pour les cromlechs.

 

Nous avons identifié, en Pays Basque de France, 214 cromlechs, 61 tumulus-cromlechs, 213 tumulus simples. En Labourd les trois types de monuments sont en proportions égales, les cromlechs dominent en Basse Navarre, ils sont exceptionnels en Soule.

 

Comment se déroulait le rituel funéraire ? Il paraît, dans sa démarche générale, essentiellement fait d'un ensemble de gestes symboliques de bas, dont on retrouve la trace dans tous les monuments à incinération, malgré leur grande diversité architecturale, puisque nous n'en avons pas trouvé deux identiques.

Tout d'abord la crémation du corps ne posait pas de problème ; bois de chênes, et de hêtres abondaient pour la confection du bûcher.

 

Le lieu choisi pour ériger la tombe était à peu de distance du foyer, mais jamais semble t'il sur le lieu même de l'incinération. Le site jouit, en général, d'une vue grandiose, et de la proximité d'une ou de plusieurs pistes pastorales.

Après un décapage plus ou moins complet de l'humus superficiel, on déposait, au centre de l'aire circulaire ainsi dégagée, quelques poignées de charbons de bois plus ou moins incandescents, ou des cendres, auxquelles étaient parfois mêlés des fragments osseux calcinés.

Ce dépôt était effectué au centre du monument, suivant diverses modalités que nous avons déjà exposées. L'ensemble était ensuite recouvert de terre ou de pierres, l'importance de l'amoncellement pouvant terminer, dans certains cas, l'existence d'un tumulus.

La confection d'un péristalithe était fréquente, mais non obligatoire et ses modalités d'exécution, là encore, très variées.

Il était, enfin, tout à fait exceptionnel, en Pays Basque, que du mobilier soit déposé dans ces tombes à incinération. Nous voudrions revenir sur le caractère symbolique du cercle lui-même, qui prend allure de cercle rituel délimitant un enclos sacré, et dont l'existence pouvait être motivée par la triple exigence de signaler le lieu, de protéger les vivants de l'âme des morts, et celles-ci de l'influence éventuelle néfaste des vivants.

De même la rareté du mobilier, si elle peut s'expliquer par l'extrême pauvreté de ces bergers, peut être due aussi au fait que le rituel ne l'exigeait pas. Dans ces monuments de montagne aux dimensions réduites « une offrande symbolique remplace la chose entière » (J P Mohen). Cette dernière phrase donne très probablement aussi la raison de la modestie des dépôts osseux calcinés et carbonés. Pour certains auteurs s'est posée la question de savoir à partir de quelles quantités d'ossements calcinés on peut attribuer à des monuments de ce type une vocation funéraire. Est ce quand il n'y a qu'une petite poignée comme à Errotzate 2, quelques fragments comme à Millagate 5, ou quand la totalité est recueillie comme à Millage 4 ?

Enfin, si l'on considère que sur les 30 monuments fouillés, 3 seulement révèlent un dépôt d'ossements, 3 seulement révèlent un dépôt d'ossements calcinés, quelle opinion doit on avoir des 27 autres , tout à fait similaires quant aux caractéristiques dimensionnelles, architecturales, et de choix de site ? L'absence de dépôt osseux les élimine t-il de la catégorie des monuments funéraires ? Il ne nous semble vraiment pas, tout n'étant ici que symbole, et c'est pourquoi le terme « cénotaphe » nous parait plus approprié que celui de « sépulture » pour ce genre de construction.

 

Le choix des dimensions n'est pas sans obéir à certaines règles que souligne l'étude statistique. Le diamètre le plus fréquent des cromlechs est de 4/5 mètres, celui des tumulus-cromlechs de 6/7 mètres, et des tumulus simples de 8/9 mètres.

 

Le choix des sites obéit aussi à certains critères, qui, s'ils nous échappent, n'en existent pas moins, les cromlechs sont sur les cols surtout, puis les lignes de crête, et, à un degré moindre, les replats à flanc de montagne ; on rencontre des tumulus-cromlechs aux mêmes endroits, et un peu en plaine ; quant aux tumulus simples, même chose que pour les précédents mais avec une certaine prédilection pour les lignes de crête.

 

On ne doit cependant pas se cacher que la répartition réelle dans les plaines de ces monuments funéraires (à incinération ou même à inhumation comme les dolmens) nous est très mal connue du fait des destructions occasionnées depuis des siècles pour la mise en valeur de celles-ci : défrichements, travaux routiers, constructions d'habitats...

Parfois isolés, ces monuments peuvent se rencontrer en groupes, correspondant à des lieux privilégiés et traduisant une certaine notion de solidarité, dans la mort comme dans la vie.

Ces espaces funéraires consacrés seront utilisés pendant plusieurs siècles, comme en témoignent les datations obtenues (Apatesaro, Millagate). Pendant plus d'un millénaire seront en effet construits des monuments très différents dans leur aspect extérieur, quoique contemporains, et ceci à l'intérieur d'une même nécropole (ou même isolément) sans que l'on sache les critères retenus dans le choix de tel ou tel type de construction. Au cours des temps, cromlechs, tumulus-cromlechs et tumulus simples seront édifiés, sans qu'un type architectural paraisse plus privilégié ; il semble, au vu des datations C14, que le tumulus bénéficie d'une antériorité sur le cercle, ce qui parait normal, étant déjà utilisé à l'âge du Bronze. En outre, il ne semble pas y avoir eu « dégénérescence » au cours des temps dans la qualité de construction, à en juger par la parfaite structure de Millage 4, le plus récent des monuments de l'âge du fer. Il est enfin remarquable de constater qu'à l'intérieur d'une même nécropole, les monuments sont regroupés par affinités architecturales, même sils ont été édifiés à des époques fort différentes ; on le voit bien à Apatesaro où les cromlechs 1 et 1 bis sont quasi tangents alors que l'estimation d'âge les situe aux deux extrémités de la fourchette de temps proposée. Par contre les tumulus 4 et 5 sont regroupés à quelque distance, bien que contemporains des cromlechs.

Ce regroupement, suivant les similitudes architecturales se voit aussi nettement dans les autres nécropoles comme Okabe, Millagate ou Elorrieta.

Pou J P Mohen, ces monuments sont « l'expression funéraire commune de sociétés à vocation pastorale ». Le concept de « société » implique celui de « hiérarchie ». Nous retrouvons celle-ci, encore des nos jours, dans certains cimetières du Pays Basque où, comme le dit Mikel Duvert « l'espace de la mort est un espace structuré et hiérarchisé », tant par la répartition spatiale des tombes que par leur aspect extérieur. C'est aussi l'avis de Jean Guiart : « les rites mortuaires, dans leur globalité, n'expriment pas seulement une idée de la mort et de la survie ; ils sont aussi une image fidèle de la société des vivants où chacun agit selon son statut, par rapport au défunt aussi bien que par rapport à tous les autres présents ». Les nécropoles de l'âge du Fer nous paraissent illustrer parfaitement ces propos, et refléter, elles aussi, la hiérarchie existant déjà dans la société de cette époque. A Apatesaro, les monuments les plus soigneusement élaborés se trouvent sur la ligne de crête, avec une vue privilégiée sur un magnifique panorama ; par contre les tombes à structure très négligée sont plus en contrebas, loin de la piste de transhumance, et privées de tout horizon : pour le contraste qu'elles offrent avec les précédents, elles paraissent signifier une sorte de mise à l'écart, une discrimination, comme si on avait voulu maintenir ostensiblement une certaine hiérarchie entre les monuments, et donc entre les défunts... On peut en dire autant à Millagate, où à l'évidence, le tumulus-cromlech 4 bénéficie d'un site privilégié : érigé, seul, face au pic d'Orhi, solidement et soigneusement construit, il témoigne aussi, par son contenu osseux exceptionnel, d'attentions toutes particulières envers le défunt (haut rang social ?)

Nous terminerons ce chapitre en rappelant que si le rituel d'incinération obéit bien à certaines règles générales, les variation multiples dans le détail de l'exécution que l'on observe au cours des fouilles, peuvent refléter la personnalité de petits groupes de pasteurs s'exprimant avec une certaine liberté sur les estives ; peut être même qu'une certaine fantaisie était parfaitement tolérée ...

Dans la tradition orale basque, il est des cromlechs comme des dolmens, et les mêmes personnages légendaires se retrouvent à leur origine, tout comme l'idée de sépulture y reste aussi attachée. Le terme de « baratz » doit être interprétée, ici, plus dans le sens de « sépulture » que de « petit jardin ». Ainsi « Jentilbaratzak » désigne en Arano de nombreux cromlechs, de même que « Mairubaratzak » à Oyarzun, ou « Mairuilarri » à Zugarramurdi.

Il nous reste à parler de quelques vestiges sans signification, funéraire, semble t-il, que l'on trouve encore en montagne basque. Ce sont les monolithes, ou menhirs, qui paraissaient eux aussi intimement liés à l'antique vie pastorale.

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Published by Dr Jacques Blot - dans Article Doc Publication
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