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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 11:33

 


Extraits et photos de mon livre « Archéologie et montagne basque » (1993) livre de vulgarisation







Les cromlechs d’Errozate

Alt 1273m Esterenzubi

Cinq cromlechs étaient visibles avant les travaux routiers de juillet 1972, dans un ensellement au sommet même du mont Errozate. Deux d’entre eux furent totalement détruits,

de sorte que la fouille de sauvetage que nous effectuâmes ne put porter que sur les trois cercles subsistants.

Bien que de dimensions différentes, ces trois cercles tangents présentaient une architecture similaire :

une couronne extérieure de grandes dalles plantées verticalement, doublée à l’intérieur d’un deuxième cercle de blocs plus petits, simplement posés. Au centre, un bloc de quartzite sous lequel, à 0,25m de profondeur, était étalée une fine couche de charbons de bois et quelques débris osseux calcinés : fragments de côtes et de diaphyse. Plus en profondeur un deuxième bloc de quartzite reposait sur le paléosol, en symétrie avec le précédent. La datation obtenue pour le cromlech n° 4 avec le C14 est : 2640 ± 100 BP (soit entre 1024 et 467 av JC).


On notera que le cromlech voisin n° 2 est sensiblement contemporain : 2680 ± 100 BP (soit entre 1101 et 539 av JC). Il n’en est pas tout à fait de même pour le n° 3 qui paraît un peu plus récent : 2330 ± 100 BP (soit 755 et 172 av JC). On retrouve donc, dans cette nécropole, ce que nous avons déjà signalé quant au regroupement d’éléments semblables sur le plan architectural, indépendamment de leur date de construction.



Le tumulus d’Errozate

Alt 1475m Esterenzubi

A quelques mètres de ces cromlechs, un tumulus pierreux surmonté d’un gros bloc rocheux domine la piste antique, avant qu’elle ne redescende vers le bassin d’Artxilondo, face à un magnifique panorama ayant, en toile de fond, le pic d’Orhi et le moutonnement des sommets lointains des Hautes Pyrénées.


Les monuments suivants s’échelonnent dans les pâturages d’un vallon de haute montagne, le long du ruisseau dut « Iraunabakoerreka » né au col d’Irau ; après un véritable goulet d’étranglement, il s’épanouit à nouveau à Artxilondo et rejoindra ensuite l’Irati et l’Ebre. A la fois pâturages et voies de passage, ces lieux ont gardé les traces du passé.



Le cromlech d’Irau

alt. 966m Lecumberri

 

A la confluence de deux petits ruisseaux, au SO du col d’Irau, ce cercle bien visible, de 6 ;30m de diamètre, comporte plus d’une soixantaine de pierres réparties en deux ou trois assises, et plus ou moins bien individualisées. Il a , hélas, subi d’importantes dégradations dans le passé.


Le tumulus Irau 4

alt. 966m Lecumberri


Situé à environ 200m au SO du précédent, ce tumulus pierreux de 6m de diamètre et 0,50m de haut, a fait l’objet d’une fouille sauvetage en 1988. On a mis en évidence un amas pierreux irrégulier,

recouvrant une cistre centrale parfaitement vide,

formée de douze petits blocs de grès recouverts d’une dalle oblongue.

Aucun mobilier, comme à l’habitude, simplement quelques charbons de bois en dehors de la ciste. Tout l’intérêt du monument réside dans la datation au C14 qui indique 3850 ± 90 BP ( soit entre 2560 et 2057 av JC). Ce résultat fait donc remonter le début du rite d’incinération loin dans le temps, au chalcolithique, à une époque où prédominait encore l’inhumation en dolmen, en tumulus ou en grotte sépulcrale…. Ce modeste tumulus devient ainsi le plus ancien monument à incinération connu de tout l’Euskal Herri ….

Cet exemple souligne, l’intérêt de pouvoir travailler,

sur des vestiges encore indemnes de toute fouille clandestine : ici encore elle n’aurait rien « rapporté »  à son auteur mais aurait irrémédiablement détruit toute possibilité de datation !


Le dolmen d’Artxilondo

Alt 880m Lecumberri


C’est un des rares dolmens situés à ces altitudes ; il est érigé sur un petit promontoire dominant la rive gauche du rio Egurgi. Tumulus de galets roulés, de 12m de diamètre, avec une chambre funéraire orientée NO – SE de 3m de long, complètement saccagée. Sur le tumulus gît la dalle de couverture en grès poudingue.


Les tertres d’Egurgi

alt. 850m Lecumberri


Une des tertres d'Egurgi sectionné par la route


En suivant la piste pastorale qui longe le cours du rio Egurgi, à environ 1000m avant la borne frontière 225, on peut voir, de part et d’autre du chemin, quatre très beaux tertres d’habitat, construits sur un terrain légèrement en pente. L’un d’eux a été sectionné en son milieu par un bulldozer, ce qui permet, encore une fois, de constater l’homogénéité de la coupe et l’abse,nce de toute structure interne. Les dimensions varient entre 9 et 20m de long et 1,70m de haut.


Les tertres d’Hulasterre

alt. 500m Lecumberri


On peut les voir dans le vallon du Haut Ezterengibel,

au N d’Irau, et à droite de la piste qui descend du col d’Harritzkurutxe. Ils mesurent entre 25 et 30m de long, 2 à 3 mètres de haut, et sont distants de 45m environ. Ce sont, à notre connaissance, les deux tertres les plus importants du Pays Basque et malgré leur dimension exceptionnelle, ils semblent bien pouvoir rentrer dans la catégorie des tertres d’habitat.

le tertre Hurlasterre 1



La nécropole d’Apatesaro

alt. 1130m Lecumberri

Vue d'ensemble des pâturages d'Irau, d'Apatesaro et d'Okabe

Les monuments d’Apatesaro sont édifiés au voisinage de la piste pastorale qui chemine sur la longue croupe constituant le contrefort NO du mont Okabe. Cette piste drainant les régions du col d’Irau, du vallon d’Artxilondo et de la trouée d’Egurgi, accède ensuite aux hauts pâturages d’Okabe célèbres par leur nécropole protohistorique. La nécropole d’Apatesaro a fait l’objet de plusieurs fouilles de sauvetage qui ont permis de dégager quelques unes des règles essentielles du rituel d’incinération.


Apatesaro 1




C’est le premier monument que l’on rencontre, en montant, à droite de la piste pastorale.


Très beau cercle de 5m de diamètre, délimité par une vingtaine de  grandes dalles plantées régulièrement dans le sol ; un second cercle formé de deux ou trois assises de bloc de grès est concentrique et interne au précédent. Au centre, un dernier petit cercle de 2 m de diamètre, en pierres sèches, contenait une épaisse couche de charbons de bois. Pas de mobilier.

La datation au C14 : 2780 ± 90 BP (soit entre 1224 et 815 avant JC) en fait le cromlech le plus ancien du Pays Basque.



Apatesaro 1 bis

Situé au N du précédent, ils est constitué d’une petite murette circulaire de 3m de diamètre en petits blocs de grès jointifs avec, au centre, un amas pierreux recouvrant une épaisse couche de terre noire mélangée de charbons de bois.

La datation au C14 indique 2590 ± 90 BP soit 920 à 436 avant JC. Comme on le voit, ces deux cercles très proches dans l’espace ne le sont pas dans le temps ; tous deux sont soigneusement construits, et bénéficient d’une vue splendide sur la trouée d’Egurgi et les montagnes qui l’entourent.


Apatesaro 4

En suivant la piste de crête, à environ 200m au N des précédents, on verra sur la droite deux tumulus pierreux distants de trois mètres, et bénéficiant, eux aussi, d’un vaste point de vue sur les horizons montagneux au N et à l’O. Ils sont très semblables d’aspect extérieur : en forme de galette aplatie de 5m de diamètre. Seul le plus au N a fait l’objet d’une fouille sauvetage. Après décapage d la couche d’humus, et sous un revêtement de petite blocaille, est apparue une infrastructure de blocs plus importants affectant la forme d’une couronne périphérique de dalles couchées sur le sol en position rayonnante ; vient ensuite un deuxième cercle de blocs plus épais, entourant une petite ciste rectangulaire, ne contenant aucun mobilier mais quelques charbons de bois.

La datation au C14 indique 2670 177 90 BP (soit entre 1041 et 550 avant JC)


Apatesaro 5

Il est en contrebas à l’E de la piste pastorale et du tumulus précédent, sur un terrain en pente légère. Son horizon ainsi que celui de son voisin (Apatesaro 6) est complètement bouché par des mouvements de terrains proches. Il s’agit d’un amoncellement désordonné de blocs de grès, sans aucune architecture. Il n’y avait aucun mobilier mais, au centre et à même le sol, quelques charbons de bois. La datation au C14 a donné : 2740 ± 60 BP (soit entre 1032 et 815 avant JC). Comme on le constate, ce tumulus est contemporain du cercle n° 1, mais il en est éloigné, sur le terrain, et très différent, sur le plan architectural.


Apatesaro 6


Situé à 2m à l’E du précédent et de même dimension, cet amas de bloc pierreux en diffère cependant par une certaine ordonnance des pierres disposées en trois zones suivant leur volume, et par la présence d’une ciste centrale délimitée par huit blocs recouverts d’une dalle parallélépipédique ; elle était entièrement vide, avec seulement quelques charbons de bois, disposés sur ses parois externes.

Ils ont pu être datés : 2920 ± 45 BP (soit entre 1267 et 1005 avant JC) ce qui fait de ce monument, le plus ancien de cette nécropole, et un des plus vieux de tous ceux que nous avons étudiés. On remarquera sa grande similitude architecturale avec son contemporain Zuhamendi 3.


La nécropole d’Apatesaro illustre parfaitement notre propos quant à la répartition des monuments, dans l’espace (en fonction de critères architecturaux, et très probablement sociaux) et dans le temps, comme le montrent les datations.



La nécropole d’Okabe

alt. 1387m Lecumberri

Située en plein cœur d’Irati, au centre des massifs montagneux du Pays Basque de France, le vaste pâturage d’Okabe occupe une place absolument privilégiée, tant du point de vue géographique, qu’archéologique.

Ce point de convergence de tout un réseau de pistes pastorales demeure bien le plus spectaculaire haut lieu de la protohistoire basque. Dans un décor pratiquement inchangé depuis 3000 ans s’offre aux yeux émerveillés du promeneur, une nécropole de 32 monuments répartis suivant les critères que nous avons déjà exposés.



Une quinzaine de cromlechs quasiment alignés, plus ou moins tangents, forme l’ensemble principal autour duquel s’organisent, au N et au S d’autres groupements de tumulus, ou de cromlechs, en fonction de leurs affinités architecturales.

Un panorama véritablement grandiose, où alternent sommets et plaines lointaines, entoure ce haut plateau sur 360°, et l’on comprend fort bien le choix de ce site sacré par les bergers de la protohistoire.


Aucune description détaillée ne peut remplacer une visite recueillie de ces lieux. Nous nous contenterons seulement de quelques mots sur la structure du cercle central (n° 6) qui a fait l’objet d’une fouille de sauvetage. En effet, à Okabe comme ailleurs, de nombreux monuments ont été déjà saccagés dans un passé plus ou moins récent, et le cromlech n° 6 était en cours de démolition quand nous sommes intervenus en 1976.

Ce cercle d’environ 7m de diamètre est délimité par une quarantaine de pierres dont certaines présentent des traces très nettes de retouche. En superficie, disséminés dans la couche d’humus, un grand nombre de petits blocs de grès semblent avoir été jetés là dans un dernier adieu des bergers à leur compagnon défunt. Au centre un petit amas pierreux, soigneusement disposé, recouvrait un dépôt de charbons de bois, prélevé à l’état de braise sur le bûcher de crémation voisin. Les grandes pierres témoins du cercle périphérique ont été enfoncées dans le sol en tout dernier lieu, après la cérémonie. Il n’y avait aucun mobilier. La multiplicité des détails mis en évidence par la fouille révèle, ici encore, un soin tout particulier dans l’exécution du rite funéraire, où chaque geste a une portée symbolique ; toutefois, si nous pouvons en saisir un peu le « comment », le « pourquoi » nous échappe totalement….

La datation au C14 a donné : 2730 ± 100 BP (soit entre 767 et 216 avant JC). Nous n’avons aucune datation des monuments voisins mais tout nous incite à penser que l’utilisation de cette nécropole a duré plusieurs siècles, comme dans le cas d’Apatesaro, et que les monuments, bien que voisins, ne sont très probablement pas contemporains.


Le dolmen de Petillare

alt. 990m Lecumberri


Ce modeste monument est situé à la confluence du ruisseau Larreluxe avec l’Irati, au pied de la colline Petillare. Tumulus d’environ 12m de diamètre, au sommet duquel une dépression ne laisse apparaître qu’une seule dalle, vestige, de ce qui reste maintenant d’un coffre dolménique complètement détruit. Ce monument sert actuellement….. de foyer aux campeurs.


 

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Published by Dr Jacques Blot - dans Itinéraires archéologiques
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