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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 13:15

Il n’est pas de randonneur ayant atteint le haut plateau d’ Okabé, à 1362 mètres d’altitude, qui ne soit frappé par la majesté du site et de sa nécropole,

fig. 1 - Okabé

l’horizon immense qui s’étend sous ses yeux, le silence et l’atmosphère de recueillement qui imprègnent ces lieux. Rien ne semble avoir changé depuis que les tous premiers pasteurs Basques ont atteint ces hauts pâturages au cours du 3ème millénaire av. JC.


1 - Généralités.

En effet, l’élevage est déjà pratiqué à cette époque appelée Protohistoire, ou Age des Métaux, ( l’homme commence à utiliser le métal pour sa vie quotidienne, en remplacement de la pierre ou du bois ). On a ainsi l’âge du Cuivre, ( 2500 ans à 1800 av JC), métal aisément fusible, mais trop mou pour un usage intensif, puis celui du Bronze ( 1800 à 700 av.JC ) alliage de cuivre et d’étain, métal plus résistant, et qui sera d’ une grande utilisation. Enfin l’âge du Fer, métal tous usages, dont le Pays Basque est si riche


A - Naissance du pastoralisme.

Ces Basques descendants des Homo Sapiens Sapiens arrivés dans le pays environ 40 000 ans auparavant ont donc aussi été les chasseurs de la Préhistoire, pourchassant bisons, rennes, et chevaux sauvages. Ils vont connaître la « révolution » du Néolithique initiée au Moyen Orient, et ils se sédentarisent, vers 4000 ans AV JC., créant les premiers groupements d’habitats fixes dans le piémont. Ils s’adonnent en outre à l’élevage ( essentiellement ovins, caprins, bovidés) et à l’agriculture : de « chasseurs- cueilleurs » qu’ils étaient, ils deviennent « éleveurs-producteurs ». Cette transformation capitale du mode de vie est due au réchauffement climatique qui touche alors toute la planète.

Ces meilleures conditions de vie entraînent une augmentation de la population et… des troupeaux, avec un besoin accru de pâturages, que l’on va chercher de plus en plus loin et de plus en plus haut, dés qu’ils sont dégagés des neiges hivernales. Pasteurs et troupeaux se rendent sur les estives (pâturages d’altitude utilisables seulement en été) qu’ils ne quitteront qu’à l’arrivée de la mauvaise saison. Ces déplacements réguliers des hommes et des bêtes, ou transhumance, peut s’effectuer sur de courtes distances, se limitant du piémont à la montagne et retour, ou sur de longues distances, reliant l’axe pyrénéen aux bassins de l’Ebre et de la Garonne.

fig. 2 -Incinération et transhumance.

Ces vastes déplacements ont permis à ces populations, qui parlent déjà un langage « proto-basque », de s’initier aux nouveautés qui se répandent en Europe, qu’elles soient techniques ( comme la poterie, ou l’usage des métaux) ou spirituelles, comme les nouveaux rites funéraires


B - Les rites funéraires : inhumation puis incinération.

Les premières sépultures remontent à l’apparition de l’Homo Sapiens ( 100 000 ans av JC.), on en connaît aussi attribuées à l’Homme de Néanderthal, et en plus grand nombre à l’Homo Sapiens Sapiens du Paléolithique Supérieur ; peut-être expriment-elles déjà une certaine croyance en une vie future. Mais ce sont toutes des sépultures individuelles – Les sépultures collectives et les nécropoles n’apparaissent qu’avec les sociétés de production : à partir du Néolithique.

Au 4ème millénaire ( au Néolithique), puis au 3ème av JC., c’est le rite d’inhumation en dolmen qui est adopté et adapté par les Basques ; ils construisent ces monuments en plaine, ou à moyenne altitude, car il n’est point besoin d’aller chercher des pâturages fort loin pour les modestes troupeaux d’alors.

Ces monuments à inhumation, les dolmens, sont faits pour être vus, ( on pourrait souvent dire : « pour en mettre plein la vue »), pour marquer un territoire. Ce sont des sépultures collectives, les corps sont conservés et on ré-utilise le même monument pendant des siècles ; enfin on y dépose souvent des offrandes, parfois luxueuses, …. Le côté « matériel » est très présent.

Plus tard, à l’Age des Métaux, c’est le rite d’incinération qui va prédominer, avec ses trois variantes architecturales en montagne : les cercles de pierre ( ou cromlechs, ou baratz ) les tumulus simples ( tertres de pierres ou de terre) et les tumulus-cromlechs qui associent les deux précédentes techniques. Ces trois modalités ne sont que des variantes du même rite. Mais, si celui-ci s’est imposé dans ses règles générales, de grandes différences apparaissent, comme nous le verrons, lors de l’édification de chacun d’eux,, et nous n’avons jamais trouvé deux monuments identiques.

Avec l’incinération, le corps est brûlé, détruit, ( pour certains la fumée du bûcher emporte l’âme vers les divinités…). Les monuments, qui ne sont dédiés qu’à une seule personne, sont à peine visibles une fois la cérémonie achevée, en particulier pour les cromlechs dont l’essentiel des structures, parfois très soignées, très sophistiquées, reste caché sous terre. Les offrandes, nous le verrons, sont absentes ou fragmentaires, et surtout, les restes humains eux aussi peuvent être absents ou infimes. L’aspect symbolique prends ici le pas sur l’aspect matériel.

Si notre propos est essentiellement centré sur Okabé et les monuments funéraires à incinération, rappelons tout de même que ces pasteurs, ces bergers, vivaient plus de six mois dans les estives, et qu’ils nous y ont laissé des traces de leurs modes de vie. On trouve ainsi, surtout en altitude, c’est à dire à distance des habitat de plaine, les vestiges de leurs habitats temporaires en forme de buttes de terre qu’ils érigeaient sur des terrains en pente plus ou mois marquée, prés de points d’eau, et souvent groupés par huit, dix quinze ou même plus : nous les avons appelé « tertres d’habitat » :

fig. 3- Iguéloua TH -001

sur ces buttes étaient construits des abris rustiques, refaits à chaque saison. Les monolithes ou menhirs

fig. 4- Gastenbakarre M 1

( muga en basque), sont une autre forme de vestiges non funéraires puisqu’il semble bien qu’on puisse les considérer comme des bornes pastorales, destinées à codifier les parcours des troupeaux, l’usage des points d’eaux et à régler tous autres sujets de discorde survenant sur les estives. Ils sont nombreux dans nos montagnes (1).


C - Tous les défunts ne bénéficiaient pas obligatoirement d’un monument à incinération.

La mort en montagne peut, comme partout ailleurs, avoir de multiples causes : maladie, chute, foudre, animaux sauvages, ou même homicide. Mais il semble que tous les défunts sur les estives n’ont pas bénéficié d’un monument à incinération ; en effet, si l’on compare les presque trois millénaires de cette pratique avec le nombre de vestiges retrouvés ( surtout si l’on considère que chaque monument n’était consacré qu’à seule personne, ) il devrait y en avoir beaucoup plus, même en tenant compte des monuments encore ignorés ou détruits depuis.

On peut donc supposer que certains défunts ont été incinérés, et leurs cendres dispersées au vent, ou jetées dans un ruisseau de montagne, ou déposées dans une grotte, ou même simplement enterrées ; d’autres cadavres ont pu être exposés aux vautours…

Certains critères devaient donc présider au choix des bénéficiaires d’un monument, très probablement des critères de position dans l’échelle sociale de l’époque, la société de l’Age des Métaux étant déjà une société hiérarchisée, avec ses « prêtres », (ou chamans ), ses forgerons, ses chefs guerriers, ses « chefs bergers » etc.

Si, dans certaines circonstances, les monuments funéraires à incinération peuvent se trouver isolés, ou par deux ou trois, on les voit fréquemment groupés en nombre plus ou moins important : c’est la nécropole.


2 – Caractéristiques de la nécropole.

A - Emplacement de la nécropole

La nécropole d’Okabé est située sur un magnifique haut plateau : au cours des temps, certains lieux ont été privilégiés pour édifier ces monuments, en des endroits différents et à distance de ceux des habitats d’estives.

Ces lieux sacrés, qui serviront pendant des siècles, sont en général en altitude, 

fig. 5-Répartition d'aprés l'altitude.

(les monuments à incinération étant plus récents que les dolmens à inhumation, sont donc dans des pâturages plus élevés ). Ils sont souvent proches des pistes pastorales ou des voies de transhumance, mais dans des sites inhospitaliers, avec très souvent une vue dégagée sur l’horizon. Certaines configurations de terrain propres à la montagne satisfont aussi à des critères que nous ignorons, mais l’étude statistique de répartition de ces monuments montre que, quelque soit leur type architectural, ces monuments à incinération se trouvent essentiellement

fig. 6 -Répartition en fonction du relief

dans les cols, sur les lignes de crête et les hauts plateaux ; ceci est tout à fait différent de la répartition des dolmens que l’on retrouve surtout sur les replats à flanc de montagne, et à des altitudes inférieures.


B - Le contenu de la nécropole.

Il est très variable en nombre de monuments et en types architecturaux : nous ne prendrons ici que quelques exemples en Iparralde :

A Apatessaro, on dénombre 5 cromlechs - 5 tumulus.

A Arguibel : ‘’ 6 cromlechs – 1 tumulus.

A Elhorietta ‘’ 14 cromlechs - 2 tumulus

A Errozate : ‘’ 4 cromlechs.

A Gorostiarria : ‘’ 12 cromlechs - 1 tumulus – 1 tumulus cromlech.

A Mandale : ‘’ 7 cromlechs.

A Méatsé : ‘’ 11 cromlechs – 1 tumulus- 1 tumulus-cromlech.

A Millagate : ‘’ 5 tumulus-cromlechs

A Okabé : ‘’ 20 cromlechs – 8 tumulus– 4 tumulus-cromlechs.

C - Choix du monument dans la nécropole.

Comme on peut le constater, Okabé est, avec ses 32 monuments, la nécropole la plus riche, et une des rares ayant tous les types architecturaux représentés ; mais on notera que les cromlechs sont, de loin, les monuments les plus fréquents. Il n’est pas possible à l’heure actuelle d’expliquer ce fait, d’autant que, au cours des temps, la qualité des architectures ne semble pas avoir évoluée – d’emblée très bonne- et que tous les types de monuments à incinération ont existé dés le début de ce rite.

fig 25

Cependant on n’a aucune idée des critères qui faisaient choisir, pour un défunt donné, tel type architectural plutôt que tel autre.

Si Okabé est de loin la plus riche et la plus spectaculaire de nos nécropoles, nous n’y avons pratiqué qu’une seule fouille de sauvetage (2) - le cromlech Okabé 6

fig. 7 -Okabé 6 (avant fouille.)

cette nécropole n’étant pas elle même menacée de destruction ou de dégradations imminentes. Nous ne l’avons pas donc pas autant étudié que d’autres, plus en danger(Apatessaro, Méatsé, Millagate,) dont les fouilles de sauvetage nous ont fourni de nombreux renseignements qu’il n’est pas déraisonnable d’extrapoler à Okabé. C’est pourquoi le lecteur nous verra souvent faire référence à ces autres monuments qui nous permettront d’avoir une meilleure approche de la société et des modes de penser des humbles pasteurs de ces temps à la fois si lointains et si proches.

D - La répartition des monuments dans la nécropole.

Dans la nécropole, cette répartition obéit très probablement à une certaine hiérarchie, reflétant celle de la société des vivants, comme de nos jours encore. En effet, les monuments les mieux construits sont aussi ceux qui bénéficient des meilleurs sites, en terrain plat avec vue dégagée ( Okabé, Millagate, Apatessaro)

Une autre évidence, dont la motivation profonde nous échappe, est le regroupement par type architectural des monuments, , comme on le voit, par exemple, sur le plan d’Okabe 

fig. 8 -OKABE - Plan nécropole.

et ce, indépendamment de leur époque de construction. Les datations obtenues au cours de nos fouilles, en particulier dans les nécropoles d’Apatessaro, et de Méatsé, nous ont montré que des monuments contemporains, mais d’architecture différentes, étaient regroupés avec les monuments de même catégorie. Un cromlech peut être très distant, dans la nécropole, d’un tumulus-cromlech, qui pourra cependant être son contemporain ; inversement deux monuments semblables, voisins dans le même ensemble, peuvent être très éloignés dans le temps.


3 - L’édification du bûcher et du monument.

Avant d’aller plus loin dans notre étude d’Okabé, nous allons brièvement évoquer les différentes étapes du rite d’incinération tel que nous pouvons supposer qu’il se déroulait sur le terrain, d’après les élément recueillis lors de nos fouilles.


A - Le bûcher d’incinération :

On ne connaît évidemment pas le délai qui s’écoulait entre le décès et la construction du bûcher d’incinération, ce délai pouvant varier en particulier suivant les conditions climatiques ( grosses chaleurs…), et d’autres impératifs qui nous échappent. Le recueil de suffisamment de bois prenait aussi un temps variable, fonction du couvert forestier plus ou moins proche et du nombre de participants. Ceux-ci pouvaient être assez nombreux, nous avons vu que leurs tertres d’habitat étaient en groupes de 7, ou 8 …ou plus.

A ce propos, il n’est pas inutile de remarquer que d’après les quelques résultats obtenus dans l’étude des bois utilisés, il a été noté : une fois du hêtre, une fois du frêne, et six fois du chêne à feuilles caduques. La prédominance de ce dernier est-elle en rapport avec une préférence

rituelle ?

Enfin l’emplacement du bûcher, toujours différent de celui du monument, était cependant très proche de celui-ci, comme nous le verrons plus loin. Mais nous ne savons pas si cet endroit était au préalable décapé, ou faisait l’objet d’un nettoyage après l’incinération.

Nous ignorons aussi si le cadavre était lavé, si il était déposé nu ou habillé sur le bûcher, mais on sait qu’il est possible que - très rarement - des armes aient été déposées avec lui ( elles ont subi à l’évidence l’action du feu ).


B - La construction du monument funéraire :

Il semble que les préparatifs de construction du monument funéraire débutaient sans doute assez rapidement après le décès, bien avant la mise à feu du bûcher, afin que tout soit prêt pour recueillir les prélèvements effectués sur ce dernier.


Cromlech.

Nous prendrons comme exemple la construction d’un cromlech, monument le plus fréquent et le mieux étudié, et le cromlech Okabé 6 nous servira d’exemple.

Dans un premier temps on traçait un cercle sur le sol, avec une lanière de peau ou de chanvre fixée à un piquet central. Le diamètre en était variable, entre 4 et 6 mètres le plus souvent et 12 à 13 mètres au maximum. 

fig. 9 -Diamètre des monuments à incinération

On procédait ensuit au décapage de l’humus sur toute le surface ainsi délimitée, puis de la terre sous-jacente jusqu’à une profondeur variant entre 0,40m et 0, 80m, suivant la taille du monument et celle des matériaux utilisés. Si l’usage du métal ( matériau coûteux), commence à se répandre, il est plus que probable que ces pasteurs de montagne se servent encore des traditionnels pics de cervidés et d’omoplates d’animaux.

A la périphérie de cette excavation circulaire, on mettait en place le cercle de pierres ou péristalithe. Suivant les disponibilités géologiques locales, on disposait verticalement - soit de grandes pierres comme à Okabé 6,

fig. 10- OKABE - -péristalithe.

souvent consolidées, comme ici, par des pierres de calage, soit de grandes dalles, placées de chant, à intervalles réguliers, comme à Méatsé 8 (3), 

fig. 11 -Méatsé 8 (aprés fouille)

Méatsé 11 (4),

fig. 12 -Méatsé 11

ou à Méatsé 12 (5),

fig. 13 -Méatsé 12

toutes prenant appui contre la paroi verticale de l’excavation. A ce premier cercle externe, discontinu, s’en ajoutait la plus part du temps un second, interne au premier, constitué d’éléments plus petits et tangents les uns aux autres, comme à Méhatze 5 (Banca) (6),

fig. 14 - Méhatzé 5- Banca

ou à Zaho 2 (7),

fig. 15 -Zaho 2

Bien évidemment , les plus belles structures étaient réalisées avec les dalles de grés rose triasique comme celles du col de Méatsé : Méatsé 8,   Méatsé 11 ou Méatsé 12

Elles étaient choisies et retaillées avec un chopper

fig. 16 - Méatsé 12 galet +chopper.

pour leur donner des formes régulières et très esthétiques. Mais, même en cas de matériau plus ingrat, on note le souci d’exploiter au mieux ce dernier : Okabé 6

fig. 10- OKABE - -péristalithe.

ou Méhatze 5 ( Banca)

 

fig. 14 - Méhatzé 5- Banca

Les officiants préparaient aussi le réceptacle central, destiné à recevoir le prélèvement ( plus ou moins symbolique) effectué sur le bûcher à la fin de l’incinération. Cette construction pouvait affecter des formes variées , suivant les matériaux disponibles, : petit amas pierreux, Okabé 6

fig. 17 - amas central Okabé 6.

petit caisson à 4 parois et un couvercle : Méatsé 8  Méatsé 11, Méatsé 12

petites pierres disposées en cercle : Apatessaro 1 (8) ,

Zaho 2

fig. 15 -Zaho 2

ou en fer à cheval : Méhatsé 5 (Banca)

enfin, une seule pierre pouvait suffire : Errozaté 4 (9),

fig. 18 - Errozaté 4

ou même …rien.

Si le sol était particulièrement difficile à travailler, on choisissait des pierres de tailles modestes, et le monument restait très en superficie : Méhatzé (Banca),

Enfin, mais c’est beaucoup plus rare, une céramique pouvait remplacer un réceptacle de pierres, comme à Bixustia (10),

fig. 19 - Bixustia- céramique. -001

par exemple, où elle reposait au centre, à même le sol…mais elle était vide de tout dépôt !


Tumulus et Tumulus-cromlech.

Ces types architecturaux sont présents à Okabé,

fig. 8 -OKABE - Plan nécropole.

mais n’ont pas fait l’objet d’études ; nous ferons donc référence à d’autres nécropoles où nous en avons fouillé

Les dimensions de ces monuments sont sensiblement supérieures à celle des cromlechs ( ils peuvent atteindre 16 à 17m de diamètre –

fig. 9 -Diamètre des monuments à incinération

mais les différentes étapes de leur construction étaient sensiblement les mêmes, sauf qu’il n’y a pas de péritalithe pour un tumulus simple, celui-ci étant constitué de terre ou de pierres : Zuhamendi 3 (11),

fig. 20 -Zuhamendi 3 (coupe).

et pouvait contenir en son centre les mêmes types de structures que les cromlechs, mais souvent en bien moins sophistiquées.

De même, pour un tumulus-cromlech, constitué de terre, comme Bixustia

fig. 21 - Bixustia.

ou Millagate 4 (12),

fig. 22 - Millagate 4 -péristalithe.

ou bien de pierres : Pittarre (13 ),

fig. 23 - Pittare -(péristalithe)

les structures centrales peuvent être elles aussi identiques, à quelques nuances prés, à celles des cromlechs ; mais il arrive, par contre, que le péristalithe ait eu, en plus d’un éventuelle signification symbolique, un rôle évident de contention de la masse du tertre, de par les dimensions plus importantes de ses pierres ( par ailleurs beaucoup plus jointives entre elles : Millagate 4 ou Pittare, que dans le cas du simple cromlech à l’état pur.

Nous avons déjà signalé que les monuments les mieux élaborés étaient aussi les mieux situés dans une nécropole, ceci étant très probablement en rapport avec des critères socio-économiques. On peut aussi constater que durant l’âge des métaux en Pays Basque, même les plus « humbles » monuments présentent un minimum de soin dans le détail, même si le résultat final n’est pas toujours à la hauteur : Errozaté 4,

 

Ce n’est pas le cas plus tard. En effet, le rite d’incinération a perduré jusqu ‘au XIIème, XVème siècle de notre ère, comme en témoignent les datations obtenues et le mobilier trouvé dans certains monuments

(voir les tableaux datations 1

DATATIONS OU ESTIMATIONS D'AGE 

et 2 

fig 25

La christianisation du Pays Basque ayant été tardive ( E. Goyeneche), les pratiques ancestrales ont pu être encore longtemps pratiquées en montagne. C’est à cette période de fin de rite que l’on trouve des architectures vraiment négligées comme par exemple Sohandi 5 (14),

fig. 26 - Sohandi 5

la nécropole d’Okabé, dont nous ne possédons que la seule datation d‘Okabé 6 : ( 767-216 av JC.),sa situerait en plein âge du Fer, mais il est très probable que d’autres monuments présentent des datations bien plus anciennes.


C - Crémation ou incinération ?

Nous ignorons si une heure était préférée pour la mise à feu du bûcher ( au moment du zénith ?), mais suivant l’intensité du feu, la quantité et la qualité du bois, le climat du moment, (vent, pluie), on pouvait avoir un corps plus ou moins complètement brûlé ; si il était réduit en cendres, il est dit « incinéré », mais les deux termes sont souvent employés indistinctement.

Il est fort possible qu’il y ait eu des cérémonies préalables ou concomitantes, avec chants, musique, (txistu, xalaparta, alboka), danses…mais hélas aucune trace ne nous en est restée.

Dés que le bûcher était éteint, on procédait à un prélèvement symbolique dans les restes du foyer, que l’on déposait dans le réceptacle prévu à cet effet au centre du monument. Nous en verrons les modalités plus loin. Il est arrivé que nous observions que des charbons de bois déposés dans le cromlech, aient rubéfié l’argile sous-jacent, ce qui laisse à penser qu’ils avaient été prélevés à l’état de braises, et donc que le bûcher était très proche ; de plus il fallait que le réceptacle central ait été préparé, d’où une certaine antériorité de la construction du monument sur la mise à feu du bûcher.

Une fois ces étapes franchies, il ne restait plus qu’à « reboucher » le site, c’est à dire à

recouvrir toutes les structures avec la terre enlevée lors du décapage préalable. D’un monument parfois très soigné, très sophistiqué, il ne restait alors de visible que les parties supérieures de quelques uns des plus grands éléments du péristalithe, comme par exemple Méatsé 11 avant fouille

fig. 27 - Méatsé 11 (avant fouille)

Tant d’efforts, tant de soins, pour ensuite tout cacher… On retrouve bien là le contraste entre monuments à inhumation et ceux à incinération.

4 - Des monuments à signification essentiellement symboliques.

A - Un exemple de gestes symboliques lors de la construction d’un monument : Okabé 6.

Nous avons déjà insisté sur le côté symbolique du rituel d’incinération, sur un plan général ; nous allons maintenant, voir comment, par de multiples détails, peuvent être identifiés des gestes que nous qualifierons de symboliques, dans la mesure ou ils ne s’imposent pas sur le plan pratique, et ou aucune explication « rationnelle » ne peut être proposée ; ils traduisent, à notre avis, la complexe spiritualité des pratiquants de ce rite. Toutefois ces « variantes » différent avec chaque monument, traduisant ainsi, comme nous l’avons déjà dit, la grande liberté d’expression des officiants suivant leur personnalité, leur inspiration du moment …et les conditions géologiques locales.

Enfin, peut-être qu’à la singularité de chaque défunt, devait correspondre la singularité de chaque construction…

Prenons tout d’abord l’exemple de la stratigraphie du cromlech Okabé 6

fig. 28 - coupe d'Okabé 6

qui nous révèle de nombreux détails « insolites » :

- Le décapage de la surface circulaire du monument a été poussée jusqu’à une strate de cailloutis naturel, d’une quinzaine de centimètres d’épaisseur, sous laquelle se trouvait une épaisse couche d’argile plastique. Les constructeurs ont prélevé cet argile plastique, à l’extérieur du monument, pour en faire une sole ( dont l’utilité pratique n’est pas évidente) recouvrant le cailloutis d’origine laissé en place.

-Le péristalithe : disposer un cercle de pierres autour d’un monument est déjà en soi un geste symbolique mais dont la signification nous échappe : délimiter une aire sacrée ? protéger le monde des vivants de l’influence ( néfaste ? ) des morts ? ou l’inverse ?

-Revenons à la sole d’argile plastique : un léger semis de charbons de bois est répandu sur toute sa surface ; un petit cercle de pierres

fig. 29 - ccercle central d'Okabé 6

est confectionné au centre de ce tapis de charbons de bois, à l’intérieur duquel est à nouveau déposé un amas plus important de charbons ( sans la moindre trace d’ossement calciné). Un petit dôme de pierres

fig. 17 - amas central Okabé 6.

recouvre ce dépôt, lui même surmonté…d’une épaisse couche d’argile plastique, prélevée, encore une fois, à l’extérieur du monument. Tous ces détails architecturaux relèvent des motivations spirituelles des seuls constructeurs et ils sont particuliers à Okabé 6.

- Le « rebouchage » du monument s’est terminé en procédant à la remise en place de tout l’humus et de toute la terre initialement enlevés. Constat émouvant : nous avons trouvé un semis de pierres, en superficie, dans l’humus végétal. Il semble bien qu’on puisse les considérer comme ayant été jetées comme un ultime hommage rendu au défunt par ses compagnons, au moment de leur départ.

Soulignons encore combien il est symbolique de recouvrir un monument aussi sophistiqué…Tant d’efforts, tant de dévotion maintenant cachés aux yeux de tous !

B - Symbolisme des dépôts de charbons de bois.

Continuons avec quelques variantes de « gestes rituels symboliques», concernant les charbons de bois. Très probablement prélevés avec une omoplate d’animal sur les restes du bûcher en train de refroidir, ils étaient ensuite déposés dans le monument - donc déjà construit – en des endroits aussi variés qu’inattendus… les motivations des officiants sont vraiment indéchiffrables ! .

A Okabé 6, le dépôt est particulièrement abondant comme nous venons de le voir.

Mais, à Méatsé 8 et 11 : seules quelques pincées de charbons sont déposées dans le caisson central et d’autres en dehors ; à Méatsé 12 , il n’y a aucun dépôt, ni dans le caisson, ni en dehors, de sorte que n’avons pas pu faire dater ce monument . Dans le tumulus Irau 4 (15), le dépôt est à côté du petit caisson, qui est lui même vide… ; dans le tumulus de Pittare, les charbons sont disséminés dans les pierres du petit amas central et, pour clore le chapitre, c’est une petite couronne de pierres qui représente la structure centrale du tumulus-cromlech Millagate 5 (16) : les charbons ne sont pas déposés au centre…mais sous les pierres de cette. couronne !

Il peut aussi arriver que soient dispersés au cours de la cérémonie des cendres et des charbons de bois sur l’ensemble des structures, ce qui se voit aisément à l’étude stratigraphique. Bien sûr, là encore, nous en ignorons les raisons.

Enfin, comme nous l’avons évoqué, ( hélas pour nous et pour les datations au C 14) de nombreux monuments ne recèlent aucun dépôt de charbon de bois … On est donc en présence d’un rituel peu exigeant en ce qui concerne les charbons de bois, et nous verrons que les restes osseux ( mélangés aux charbons de bois) sont encore plus rares.


C – Symbolisme des offrandes.

Le cromlech Okabé 6 ne contient aucune offrande rituelle.

Contrairement aux dolmens dans lesquels des offrandes sont fréquentes et parfois luxueuses, les monuments à incinération se font remarquer par leur extrême pauvreté en ce domaine. De plus, un fragment d’objet peut aisément remplacer l’objet entier, et comme le dit J.P. Mohen « la partie vaut pour le tout ». Cette réflexion s’applique à l’ensemble des éventuels dépôts ou offrandes…et en souligne le caractère symbolique

On peut trouver de la céramique, ( à titre de réceptacle central, ou d’offrande) mais c’est très rare, et elles sont brisées et incomplètes : Bixustia ,

fig. 19 - Bixustia- céramique. -001

ou Apatessaro 1 bis ( 8). Transporter des céramiques fragiles à ces altitudes n’était certainement pas aisé, et la « vaisselle » de bois était sans doute bien plus facile à fabriquer et à utiliser sur place, mais elle ne se conserve pas ; nos bons vieux kaikus en sont les descendants directs.

Les armes sont encore plus rares et il est difficile de savoir si il s’agit d’une offrande ou de celles responsables du décès ; elles sont souvent bisées, tordues et ont toutes subi l’action du feu : Zaho 2

fig. 30 - Zaho 2 -pointe de lance

Il est aussi possible de trouver de modestes outils en silex : Bixustia, Heguieder 7 ( 17),

fig. 31- couteau silex-Héguieder 7.

peut-être vestiges de pratiques antérieures… ou toujours d’actualité en ces lieux et à ces époques…

Un chopper ayant servi à tailler les dalles du monument était déposé en offrande sur une des dalle périphérique de Méatsé 12

fig. 32 - chopper offrande.

Plus curieux, le petit galet rond,

fig. 16 - Méatsé 12 galet +chopper.

issu des blocs de poudingue voisins, parfois retrouvé sur un des éléments du péristalithe. ( Méatsé 12, Mendittipi ). Il semble qu’on puisse y voir, avec nombre d’ethnologue, le symbole de l’oeuf , contenant en lui, non seulement le passé, mais aussi tout le futur. Ce serait, sur un plan symbolique, un peu l’équivalent de l’orientation vers l’Est des dolmens, vers le soleil levant ( idée de renaissance, de vie future …).

Qui sait si la variabilité de l’emplacement des dépôts en général et des charbons de bois, en particulier, correspondait non pas à une certaine « fantaisie », mais à une sorte de langage codé, pour initiés ?

Mais la majorité des monuments funéraires à incinération ne contient absolument

Aucun « mobilier ». On voit combien il est vain et surtout dommageable pour l’étude de ce patrimoine, de procéder à des fouilles clandestines à la recherche de « trésors « qui n’ont

jamais existé…


5 -Conclusion : des cénotaphes plutôt que des sépultures.

Il n’y avait pas le moindre débris osseux calciné dans l’abondant dépôt de charbons de bois, au centre du cromlech Okabé 6.

De même, dans les 3 types de monuments à incinération que nous avons étudié, on ne retrouve que très rarement des restes humains calcinés. On a évoqué l’acidité du sol pour expliquer cette disparition ; il est aisé de répondre que les charbons de bois neutralisent l’acidité du sol et conservent les fragments osseux …quand il y en a. A Errozaté , nous avons trouvé un fragment de côte calciné, reste éminemment friable et fragile, mais conservé sur son lit de charbons de bois, ce qui laisse supposer que seul ce fragment avait été déposé là…Tous les restes osseux que nous avons retrouvés étaient sur un dépôt de charbons de bois comme dans le coffre central de Millagate 4,

fig. 33 - Millagate 4 - coffre central

contenant la totalité des restes calcinés du défunt, ( Millagate 4 étant l’exception qui confirme la règle : un défunt tout particulièrement estimé ? ). Il apparaît donc que le rituel n’exigeait pas, en règle générale, le recueil de l’ensemble des restes humains, mais qu’un prélèvement symbolique sur le bûcher suffisait largement, qu’il y ait des restes osseux ou non dans ce prélèvement.

Ainsi, comme le suggère les résultats des fouilles - aussi bien à Okabé, qu’à Millagate 4 - il semble que ces monuments à incinération n’étaient destinés qu’à un seul individu ; mais dés lors qu’ils ne contiennent pas l’ensemble des restes - ou que d’une manière symbolique - on peut dire que ce sont – sauf exception - des CENOTAPHES plutôt que des sépultures.

Si la nécropole d’Okabé n’a pas fait l’objet de fouilles nombreuses, elle n’en reste pas moins la plus riche de nos nécropoles (18) en nombre et en variétés de monuments, dans un des sites le plus majestueux du Pays Basque et elle mérite tout notre respect.

Elle évoque une société élaborée, avec des modes de penser très proches des nôtres, ses peines et ses espoirs, et son respect des défunts ; ses rites funéraires sont, comme de nos jours, le reflet du statut des vivants ( 19).

Le pic d’Orhi, qui se profile en arrière plan de la nécropole

fig. 1 - Okabé

nous rappelle que le célèbre proverbe basque « Orhiko xoria Orhin laket », ( L’oiseau du pic d’Orhi ne se plaît qu’à Orhi, autrement dit le Basque ne se plaît qu’en Pays Basque) semble s’appliquer autant aux défunts qu’aux vivants et ce depuis les temps les plus anciens…

Jacques Blot.

Mai 2012.

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Published by Dr Jacques Blot - dans Nécropole
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