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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 08:13

Les tumulus-cromlechs de Millagate ( Miragarate) IV et V

à Larrau (Pyrénées Atlantiques).

 

Résumé :

Ces deux monuments funéraires, construits tous deux à l’âge du Fer, sur des pâturages souletins d’altitude et dans un magnifique décors de montagne, nous ont fait faire de grand progrès, au cours de deux campagnes de fouilles, dans la connaissances de ce type de monuments si fréquents dans les montagnes du Pays Basque.

 

 

Introduction :

Les fouilles effectuées sur ces deux monuments funéraires, de même type architectural, mais forts différents quand aux détails de leur construction, nous permettrons d’approcher, en les comparant avec les résultats d’autres fouilles en Pays Basque, quelques unes des modalités du rite d’incinération qui était pratiqué dés avant le premier millénaire AV-JC.

 

Historique des recherches.

Un groupe de quatre tumulus-cromlechs, à Millagate, a été publié pour la première fois dans le Bulletin du Musée Basque en 1968 ( 21) par P. Boucher et . Chauchat. Ces monuments sont érigés sur la crête de Millagate, en un endroit où elle affecte un aspect de plateau, à l’ouest nord-ouest du pic d’Orhy, et séparé de celui-ci parle col « Thartako lepoa » – Coordonnées GPS des monuments : N = 43°00’36’’ O = 01°01’48’’ Altitude : 1444m.

Lors de nos prospections ultérieures de l’ensemble d’Iparralde, nous avons identifié de nombreux autres monuments, en particulier sur les hauteurs avoisinantes, et à Millagate même ( le n° V). Eux aussi ont été publiés dans le Bulletin du Musée Basque ( 5 ).

Ce groupe de 5 tumulus-cromlechs a la « malchance » d’être érigé sur un site qu’affectionnent tout particulièrement les chasseurs de palombes qui en avaient déjà détérioré un, les quatre autres présentant des traces de fouilles plus ou moins anciennes. Avec tous les accords nécessaires ( du maire de Larrau, Mr. Accoceberry, de Mr. P. Boucher, et de la Direction des Antiquités d’Aquitaine ), nous avons procédé au cours de deux années successives ( 1986 et 87) à une fouille de sauvetage des n°IV et n°V, avant que d’autres dégâts ne viennent enlever toute valeur archéologique à ces très beaux monuments.

 

Le tumumus- cromlech de Millagate IV.

1-Larrau- Millagate - TC 4

Il se présente sous la forme d’un tumulus de 12m de diamètre et 0,50m de haut. La périphérie en est délimité par une couronne de 29 pierres de calcaire blanc ( le péristalithe), de dimensions variables, plus volumineuses au nord et au nord-est. Une dépression ovalaire, dans le quart sud-est signait une fouille ancienne n’ayant heureusement pas atteint la région centrale.

La technique de la fouille a consisté à creuser une tranchée périphérique autour du péristalithe dans sa moitié nord, et deux autres vers la région centrale.

2 - Larrau - Millagate - TC -4 - plan

Le péristalithe :

3 - Larrau - Millagate -T C - 4.

cette couronne comporte en fait deux cercles de pierres : 

un cercle externe constitué de grandes dalles ou blocs de calcaire blanc, profondément enfouies, jusqu’à 0,80m sous la surface, franchissant un lit caillouteux que l’on peut considérer comme le paléosol ; elles sont assez régulièrement espacées, et ne présentant pas de traces évidentes d’épannelage. Leur importance, comme peut leur faire attribuer un rôle de contention pour la masse du tertre sans qu’on puisse écarter le rôle « rituel » du cercle ( protection du monde des vivants de l’influence « néfaste des morts » ou inversement).

Un cercle interne, concentrique et tangent au précédent, cercle continu constitué de blocs de calcaire blanc de dimensions et formes variées mais nettement plus petits que les précédents, et disposés en 3 ou 4 assises successivement de l’extérieur vers l’intérieur et de bas en haut ; rôle probablement rituel et (ou) décoratif.

 

La région centrale :

4 - Larrau - Millagate -TC - 4.

Un coffre en dalles de grés triasique violet apparaît au centre, sa dalle de couverture est recouverte de 14 blocs de calcaire blanc ; les quatre parois verticalement enfoncées profondément franchissent elles aussi le paléosol, trois d’entre elles sont faites d’une seule dalle, celle en ouest de 2 éléments.

Contenu du coffre : ce contenu revêt une importance capitale pour la compréhension du rite d’incinération. Tout d’abord apparaît, bien groupé au centre, un dépôt de fragments d’ossements humains calcinés, d’un poids total de 1,7 kg, étalé sur une surface de 0,40mx0,20m et 0,10m de profondeur en moyenne ; ils n’étaient pas mélangés aux charbons de bois. Ces ossements reposaient sur une couche de terre argileuse mêlée de cendres et de fragments de charbons de bois ; sous ces derniers, aux extrémités nord et sud, on pouvait noter 2 petites aires d’argile rubéfiée. Tout le reste n’était que l’argile stérile du coffre.

5- Larrau -Millagate-TC 4

Le mobilier : aucun n’a été trouvé, ni dans la région centrale, ni dans le péristalithe.

Les restes osseux.

Ces restes, regroupés en un amas non structuré, n’occupaient qu’une faible partie du coffre central. L’étude anthropologique en a été confiée au Pr H. Duday du Laboratoire d’Anthropologie de l’Université de Bordeaux 1. Nous ne citerons ici que les passages principaux de sa conclusion (22)  : « …les restes incinérés d’un seul individu, un adulte probablement de sexe masculin, mort à un âge relativement avancé. Il ne semble pas y avoir de dépôt de faune associé à la sépulture. On retiendra en premier lieu l’exceptionnelle conservation des ossements ( prés de 1500g), qui a autorisé une identification relativement poussée. Le squelette du tronc est manifestement sous représenté par rapport à la tête et aux membres. Ce fait pourrait évidemment correspondre à un ramassage sélectif sur le bûcher , néanmoins on a observé, ici, des indices de crémation plus intenses au niveau de la moitié supérieure du corps, de sorte que la disparition d’une large part des côtes et des vertèbres peut être due à un processus de destruction différentielle par le feu. Il n’y a , par contre, aucun argument qui puisse permettre d’évoquer une opération de tri préférentiel favorisant les restes crâniens. » En dehors des signes bien classiques d’arthrose constaté chez cet homme d’âge mur, le Pr. Duday note au niveau du tarse que les talus sont presque complets et que « ces deux pièces présentent sur la face supérieure du col des prolongements antérieurs de la trochlée particulièrement accusés qui intéressent à la fois les versants médial et latéral de l’articulation ; il s’agit là des classiques facettes d’accroupissement liées à l’hyperflexion répétée du coup de pied ». Et, de vive voix, le Pr Duday m’évoquait ce berger des temps anciens, souvent accroupi à la surveillance de ses troupeaux…

Résultat de la mesure d’âge par le carbone 14.

Effectué au Centre des Faibles Radioactivités de Gif-sur-Yvette, sur des charbons de bois du coffre : n.Gif : 2120 +/- 60. BC. , ce qui donne une période s’étendant entre 354 années avant J.C. et 12 après.( calibration de Pardur et Mtchzynska ).

6 - Larrau - Millagate - TC - 4 - plan

 

 

 

Interprétation des résultats.

Tout d’abord on rappellera que le site d’implantation n’est jamais indifférent : ligne de crête, vue dégagée sur l’horizon, et il nous semble même qu’ici on privilégié une situation face au pic d’Orhy, au plus prés de lui : culte d’une divinité de la montagne ? «  montagne-divinité » ?

L’absence de sole rubéfiée importante au niveau du monument suggère que le lieu du bûcher d’incinération est distinct de celui du monument. Par contre l’existence d’argile rubéfiée sous les charbons de bois évoque la possibilité que ceux-ci aient été déposés à l’état de braises, donc que le foyer d’incinération était proche, et le monument déjà bien avancé dans sa construction. Contrairement à ce qui paraît être la règle générale, le recueil des débris osseux semble avoir été fait, ici, avec un grand soin, puisque toute les parties du squelette sont représentées ; habituellement il n’y a que de très rares ossements calcinés, ou même aucun .

Très probablement un certain rang social du défunt a justifié un tel soin et un si beau coffre…et Millagate IV apporte une réponse à ceux qui pouvaient douter de la finalité funéraire de ce type de monument. Nous reviendrons sur ce point à la fin de notre exposé sur Millagate V.

Enfin, l’absence de mobilier peut en partie s’expliquer par le fait que la totalité du monument n’a pas été fouillée, mais l’expérience nous a aussi montré que les dépôts dans nos monuments à incinération sont exceptionnels, fragmentaires, parce que le rituel était peu exigeant ou que la pauvreté de ces bergers de la protohistoire ne leur permettait pas ce luxe.

 

Le tumulus - cromlech de Millagate V.

7-Larrau - Millagate - TC 5

Situé à une bonne quarantaine de mètres au nord ouest du précédent, ce monument a été découvert par nous en 1985 et publié dans le compte rendu de fouilles de 1987. Pour les mêmes raisons que pour Millagate IV, nous avons procédé à une fouille de sauvetage, muni des mêmes autorisations officielles. Le tumulus-cromlech Millagate V était fort discret, un léger mouvement de terrain révélant un tumulus de 8m de diamètre, délimité par 3 pierres bien visibles et par les sommets de 7 autres affleurant à peine la surface. Une importante dépression ovalaire en secteur sud-est signait une fouille ancienne n’ayant heureusement pas atteint la région centrale.

Nous avons procédé, au dégagement des secteurs nord-est et sud- ouest de la couronne périphérique sur trente à quarante centimètres de profondeur. Le centre a été exploré par une tranchée partie du péristalithe et élargie en un carré de 3m de côté.

8-Larrau - Millagate 5 - plan11-Larrau - Millagate 5 - coupe.

Le péristalithe 

9 - Larrau - Millagate -T C - 5

il est formé de petites dalles ou de blocs de calcaire blanc provenant des pointements rocheux voisins ; comme précédemment, on ne note aucune trace de taille sur ces éléments disposés sans ordre à 20 centimètres de profondeur. Il n’y a pas d’alternance entre de grandes et de petites pierres, ni de double « couronne » externe et interne comme à Millagate IV.

La region centrale :

10 - Larrau - Milagate -T C - 5

Au centre géométrique du monument, et à trente centimètres de profondeur, est apparue une structure en pierres sèches, affectant la forme d’une petite couronne circulaire, mesurant deux mètres de diamètre « hors tout » en partie effondrée. Un grand nombre de blocs calcaires sont en effet éparpillés à l’extérieur du cercle ; la disposition initiale en 2 assises de blocs superposés persiste en de rares endroits, ceux de la base étant les plus volumineux. Cette disposition fragile n’a pas résisté au temps et au piétinement des animaux.

Dans l’aire délimitée par cette construction circulaire, et contrairement à ce que l’on aurait pu supposer, nous n’avons trouvé ni charbons de bois, ni mobilier, ni fragments osseux.

Par contre, en soulevant les pierres de la base de cette couronne est apparu un dépôt assez abondant de cendres et de charbons de bois, d’environ 0,10 à 0,15m de large suivant les endroits et épais d’environ un centimètre. Fait important : la terre sous-jacente aux charbons de bois est rubéfiée de manière constante et régulière, ce qui incite à penser qu’ils ont du être ramassés à l’état de braises.

Les restes osseux : quelques très rares fragments osseux calcinés, non identifiables, on été retrouvés sous une seule pierre, mélangés au charbons de bois,. Il ne semble pas qu’on puisse voir là un dépôt volontaire, mais bien plutôt un prélèvement fortuit de ces particules dans les restes du bûcher d’incinération.

Le mobilier : inexistant dans les parties explorées de ce monument.

Résultat de la mesure d’âge par le carbone 14.

Effectué sur des charbons de bois du cercle central au Centre de Gif-sur-Yvette : n.Gif 7559 : 2730 +/- 60., soit une période s’étendant entre 1118 et 812 avant J.C. (calibration par Pardur et Mtchzynska ).

 

Comparaisons avec Millagate IV .

 

- Les points communs sont nombreux : tous deux sont des tumulus-cromlechs, érigés dans un même paysage somptueux, le matériau est le calcaire local, il n’y a aucun mobilier, il y a eu incinération.

- Mais les différences l’emportent : les dimensions de Millagate IV sont bien supérieures, avec un tertre important et un péristalithe  constitué de deux couronnes de pierres, dont l’externe faite de volumineux éléments. Enfin, la présence dans un coffre central, d’un contenu osseux est si complet, en fait un monument à incinération unique à notre connaissance en Pays Basque. On notera enfin que Millagate 5 a été le premier monument construit – à l’âge du Bronze- et que Milllagate 4 est venu bien plus tard, à la fin de l’âge du Fer.

 

Comparaisons avec les autres monuments fouillés en Iparralde.

Le rituel d’incinération .

 

Il est intéressant de comparer ces deux monuments avec les résultats que nous avons obtenus au cours des fouilles de 23 autres monuments et de 10 sondages en Iparralde. Une synthèse semble pouvoir se dégager de l’ensemble de ces travaux et peut sans doute permettre de se faire une idée, ne serait-ce qu’approximative, de ce que pouvait être le rituel d’incinération dans nos montagne durant la protohistoire.

L’incinération débute chez nous à l’âge du Cuivre ( Tumulus Irau 4 (13) : 3850 +/- 90 soit 2560- 2057 avant JC.), elle existe durant tout l’Age des Métaux, et perdure même en période Historique, ainsi que le confirment les datations au C14 ou la typologie du mobilier, ( fig.12).

 

Le rituel d(incinération : les éléments.

L’incinération est déjà une action symbolique en soi, n’attachant que peu de valeur au côté matériel du corps, que l’on brûle, et du monument, beaucoup moins spectaculaire que les dolmens du rite précédent d’inhumation. Ensuite il semble bien que tous les défunts n’aient pas bénéficié d’un monument ( études statistiques), mais plutôt quelques privilégiés, dont la position dans l’échelle sociale de l’époque justifiait ce choix ( la société de l’âge des Métaux est déjà une société hiérarchisée, avec ses prêtres - ou chamans - ses forgerons, ses chefs guerriers, ses chefs bergers etc.). Rappelons enfin que le monument funéraire à incinération paraît dédié à un seul individu, contrairement aux monuments précédents à inhumation, à usage multiple et répété. Il en existe 3 variétés architecturales : le cercle de pierres ( ou cromlech) le tumulus, de terre ou de pierres, dit tumulus simple, et le tumulus cromlech, associant tumulus et péristalithe. Comme l’avait signalé depuis longtemps J.P. Mohen ( 23 ) et comme nos fouilles l’ont confirmé ces 3 types de monuments ne sont que des variante d’un même rite d’incinération.

Ces monuments peuvent se trouver isolés, mais plus souvent groupés en nombre plus ou moins important et en altitude : c’est une « nécropole ».  Il s’agit souvent d’un lieu dégagé, en altitude, prés de pistes pastorales, ( ligne de crête, haut plateau, col), et Millagate en est un magnifique exemple. Ces lieux sacrés qui serviront pendant des siècles (14), recèlent soit des monuments de même type architectural ( Milllagate : 5 tumulus cromlechs - Errozate : 4 cromlechs (3)-), soit deux variétés sur trois ((Apatessaro : 5 cromlechs, 5 tumulus (9)- ), soit les trois types ( Méatsé : 11 cromlechs, 1 tumulus, 1 tumulus cromlech – Okabé : 20 cromlechs, 8 tumulus, 4 tumulus cromlechs (4)-). La coexistence de monuments de types différents peut se voir dans une même nécropole, même si ils sont contemporains ; mais on constate alors que les monuments de même type architectural sont regroupés ensemble, même si ils ne sont pas contemporains : Okabé, Apatessaro etc. et Millagate sont dans ce cas.

Enfin dans une nécropole, on constatera ( comme ici) que les monuments les plus soignés, les plus « beaux » sont dans le site ayant la plus belle vue - et inversement - ceci n’étant pas le fruit du hasard, mais plus probablement du au rang social du défunt.

 

Les différentes étapes du rituel : essai de proposition

.Le choix du bois du bûcher semble avoir privilégié le chêne à feuille caduque, et pas forcément l’essence la plus proche à l’époque. La construction du monument devait débuter rapidement après le décès, afin que tout soit prêt pour recueillir les prélèvements effectués sur ce dernier. Prenons comme exemple la construction d’un cromlech : monument le plus fréquent.

Après avoir délimité une circonférence au sol, on procédait à l’enlèvement des terres afin de pouvoir disposer les élément du ou des cercles périphériques, et du réceptacle central. L’architecture de ces structures dépendait beaucoup du matériau local, toujours utilisé, et les monuments de Méatsé ( Itxassou) avec leurs péristalithes et leurs coffres centraux en dalles de grés triasique, souvent épannelées, l’emportaient de beaucoup en esthétique sur ceux, par exemple, de Sohandi, en blocs de poudingue ((8). La variété des architectures réalisées est infinie : on peut voir des réceptacles centraux sous forme de coffre très élaborés, ( Méatsé 8, ( 18), Méatsé 11( 19), Méatsé 12 (17), ou plus simples, d’un petit cercle de pierres, d’un amas pierreux, d’une pierre seule, ou même rien du tout…L’architecture des tumulus-cromlechs ne diffère guère des précédents, sauf par des dimensions en général plus grandes…et la présence d’un tertre ou tumulus en terre (Millagate IV et V, Bixustia (1)-) ou en pierres ( Zuhamendi 3 (2) Pittare (7) . On retrouve les péristalithes doubles ( Millagate IV - Zaho 2 (10)-) et des péritalithes simples ( Millagate V, Bixustia). Les tumulus simples, sont de même structure que les tumulus-cromlechs, péristalithe en moins !

 

Des gestes symboliques : on les note à toutes les étapes de la réalisation du monument :

- Les dépôts de charbons de bois prélevés sur les restes du bûcher sont fréquents mais non obligatoires : leur localisation est variable : dans le réceptacle centrale ( Milllagate IV, Zaho 2, Méhatzé 5 (6), Okabé 6 ; à côté du réceptacle : Irau 4 ; sous les pierres de la couronne central : : Millagate V et même un semis de charbons de bois, sur le monument, en cours de réalisation.

- Les offrandes : Il peut s’agire d’objets métalliques : pointe de lance à Zaho 2 , talons de javelot à Errozaté 2, ou même de céramiques ( Bixustia, Apatessaro 1 bis (9)-). Ces objets en métal ou non, ont subi l’action du feu, sont brisés, incomplets et comme le soulignait J.P. Mohen : « la partie vaut pour le tout ». On peut trouver parfois des pièces lithiques variées : lame de silex à Heguieder 7 (15), chopper ayant servi à tailler les dalles du monument Méatsé 12 et même, plus curieux mais non moins intéressant, dans quelques cas exceptionnels ( Méatsé 12, Mendittipi ), de petits galets ronds ( un par monument) : il semble qu’on puisse y voir, avec nombre d’ethnologues, le symbole de l’œuf contenant tout le passé mais aussi tout le futur. Ce serait, sur un plan symbolique, un peu comme l’orientation vers l’est des dolmens, vers le soleil levant ( idée de renaissance, de vie future). On peut aussi constater qu’il y a eu des jets de petites pierres sur le monument une fois celui-ci achevé. ( Okabé 6).

- Les dépôts osseux humains calcinés : ils sont très rares ( et très peu abondants, comme à MillagateV) , quand ils ne sont pas totalement absents et c’est en cela que l’abondance d’ossements recueillis à Millagare IV en fait « l’exception qui confirme la règle » On à voulu attribuer cette rareté à l’acidité du sol qui dissoudrait les restes osseux : il est aisé de répondre que les charbons de bois neutralisent cette acidité et conservent les fragments osseux …quand il y en a. A Errozaté, nous avons trouvé un fragment de côte calciné, reste éminemment friable et fragile, mais conservé sur son lit de charbon de bois, ce qui laisse supposer que ce seul fragment avait été déposé là, très certainement recueilli par hasard. Il apparaît donc que le rituel n’exigeait pas, en règle générale, le recueil de l’ensemble des restes humains, mais qu’un prélèvement symbolique sur les restes du bûcher suffisait largement qu’il y ait ou non des restes osseux dans ce prélèvement. Enfin, comme le suggère le résultat des fouilles, et comme le confirme Millagate IV, il semble bien que ces monuments à incinération n’aient été destinés qu’à un seul individu ; mais, dés lors qu’ils ne contiennent pas l’ensemble des restes du défunt – ou que d’une manière symbolique – on peut dire que ce sont, sauf exception ( Millagate IV) des cénotaphes plutôt que des sépultures(16).

 

Conclusion :

Ces gestes symboliques, ces variantes suivant chaque monument ( aucun n’est identique à un autre) traduisent ainsi une grande liberté d’expression des officiants suivant leur personnalité, leur inspiration du moment, le niveau social du défunt et…les conditions géologiques locales. Mais des constantes de base sont respectées ( de localisation, architecturales, dimensionnelles).

La nécropole de Millagate, érigée dans un des sites les plus majestueux du Pays Basque, ne contient qu’un nombre modeste de monuments, mais par sa richesse d’informations, et comme tous les sites patrimoniaux de ces époques, elle exige tout notre respect. Les datations obtenues, de la fin du deuxième millénaire à la fin du premier assurent une certaine continuité architecturale et de rite, au cours de la protohistoire et avec les monuments construits en période Historique, mais dans la tradition protohistorique.

Elle évoque une société élaborée, avec ses modes de pensée très proches des nôtres, ses peines et ses espoirs, et son respect des défunts ; ses rites funéraires sont, comme de nos jours, le reflet du statut des vivants. Le pic d’Orhi qui se profile en arrière plan de la nécropole nous rappelle que le célèbre proverbe basque Orhiko xoria Orhin laket, ( l’oiseau d’Orhi ne se plaît qu’à Orhi, autrement dit : le Basque ne se plaît qu’en Pays Basque) semble s’appliquer autant aux défunts qu’aux vivants, et ce depuis les temps les plus anciens.

Bibliographie

 

Blot Jacques :

1 - 1976 – « Les tumulus de Bixustia et de Zuhamendi. Compte rendu de fouille 1975. ». Bulletin du Musée Basque n° 74.

2 - 1977 – « Le tumulus de Zuhamendi III. Compte rendu de fouille 1975. ». Bulletin du Musée Basque n° 75.

3 - 1977 – « Les cromlechs d’Errozaté, compte rendu de fouille 1973. ». Bulletin du Musée Basque n° 78

4 -1978 – « Le cromlech d’Okabé n° 6,compte rendu de fouille 1976. », Bulletin du Musée Basque n° 79.

5-1979 – « La Soule et ses vestiges protohistoriques » Bulletin du Musée Basque n°83.

6 - 1983 – « Le tumulus-cromlech Méhatsé 5, compte-rendu de fouille1977. ». Bulletin du Musée Basque, n°102.

7 - 1984 – « Le tumulus-cromlech 1 de Pittare. Compte rendu de fouille 1977. ». Bulletin du Musée Basque n°106.

8 - 1985 – « Les cromlechs de Sohandi. Compte rendu de fouille1980. ». Bulletin du Musée Basque n° 109

9 - 1986 – « Les cromlechs Apatessaro 1 et 1bis, compte rendu de fouille 1981 ». Bulletin du Musée Basque n° 112.

10 - 1989 – « Le tumulus-cromlech Zaho 2, compte rendu de fouille de sauvetage 1983 ». Bulletin du Musée Basque, n° 124.

11- 1990 – « Le tumulus Millagate 4, compte rendu de fouille 1986 ». Bulletin du Musée Basque n° 128

12 - 1991 – « Le tumulus Millagate 5, compte rendu de fouille 1987 ». Bulletin du Musée Basque n° 132

13 - 1992 – « Le tumulus Irau 4, compte rendu de fouille ». Bulletin du Musée Basque, n° 134.

14 – 1993 – « Archéologie et Montagne Basque » Ed. ELKAR

15- 1995 – « Le cromlech Heguieder n° 7. Compte rendu de fouille de sauvetage 1992 ».

Bulletin du Musée Basque n°142.

16 – 1995 – « Contribution à l’étude des cercles de pierres en Pays Basque de France ». Bulletin de la Société Préhistorique de France . T. 2 – p. 525-548

17- 1996 – « Le cromlech Méatsé 12. Compte rendu de fouille 1994. ». Bulletin du Musée Basque n° 146.

18- 1997 – « Le cromlech Méatsé 8 . Compte-rendu de fouille 1992-93. » Bulletin du Musée

Basque n°149.

19 - 2002 - « Le baratz Méatsé 11. Compte rendu de fouille 1996. ». Bulletin du Musée Basque n°160

20–2009-2010-2011-2012-2013 : « Inventaire des Monuments Protohistoriques en Pays Basque » : Tome 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5.

Consultables : à la Bibliothèque du Musée Basque - A la Bibliothèque Municipale de Bayonne – A Bibliothèque Universitaire de Bayonne.

 

Chauchat Claude, Boucher Pierre.

21 - 1968 – « Notes de prospection mégalithique (III) cromlechs et tumulus de Cize et de la Soule ».

Bulletin du Musée Basque n°41-42.

 

Duday Henry.

22 -1992 « Le tumulus-cromlech de Millagate IV : étude des restes humains : » Bulletin du Musée Basque n°128.

 

Mohen J.P.

23 - 1980 - « L’Age du fer en Aquitaine » - Mémoires de la Société Préhistorique Française – Tome 14.

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Published by Dr Jacques Blot - dans Tumulus Cromlechs
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