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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 08:50

On entend habituellement sous le nom de monolithe ou menhir, un seul bloc de pierre, brut ou grossièrement aménagé, fiché verticalement dans le sol, ou simplement couché, comme cela e voit assez fréquemment dans nos montagnes. Ils sont relativement rares en Euskal Herria, puisque nous en avons seulement identifié 11 en Pays Basque nord, et qu'on n'en connaît que 32 au sud (X Penalver).

Il existe deux types de monolithes : le type « dalle » plus ou moins épais (Gaztenbakarre), et le type « bloc » plus ou moins parallélépipédique (Gorospil). Ceci tient au fait, déjà noté pour les dolmens ou cromlechs, que le matériau local est utilisé tel qu'il se présente dans les environs immédiats.

Le choix se porte aussi tout naturellement sur une pierre ayant déjà approximativement la forme souhaitée ; seules quelques retouches seront ainsi nécessaires pour lui donner son aspect définitif. Notons qu'il est plus aisé de procéder à des retouches sur une dalle, tel le monolithe de Gaztenbakarre parfaitement taillé en pointe, que sur un bloc ; il arrive cependant qu'on puisse noter un important épannelage sur les côtés de certains monolithes blocs (Artzamendi ou Gorospil par exemple). Dans l'ensemble, et Argibele mis à part, le fait que les « monolithes dalles » soient de dimensions et de poids plus restreints explique sans doute, qu'on les trouve encore plantés dans le sol, alors que les grands et pesants « monolithes blocs » sont tous couchés. Toutefois une autre hypothèse sera évoquée plus loin.

La situation de ces grandes pierres, en altitude, est assez remarquable ; le plus souvent sur des lignes de crête (Gorospil) , parfois à flanc de pente (Iparla I, Gaztenbakarre, Athekaleum) dans ou près d'un col (Iparla II, Eihartzekolepoa, Argibele), toujours à proximité des pistes pastorales et des pâturages.

L'orientation de ces monolithes, même couchés, n'est peut être pas indifférente. Il est intéressant de noter que six sur sept des monolithes blocs couchés au sol sont pointés en direction E. ENE ou ESE. Ceci, ajouté au fait que dans certains cas on retrouve le long du monolithe les éclats de la taille, encore en place dans le sol, nous suggère que ces blocs n'ont jamais été érigés, mais simplement orientés dans une direction privilégiée, probablement rituelle (soleil levant, comme les dolmens ?).

Nous serions très enclin à voir dans ces grandes pierres qui jalonnent nos estives des bornes pastorales. De tous temps, en effet, éclatèrent d'âpres disputes, et parfois même des luttes sanglantes entre pasteurs de vallées voisines, au sujet des pâturages d'altitude où se mêlaient hommes et bêtes à la belle saison. Il devint, à la longue, nécessaire de conclure des accords (faceries) précisant le droit des gens, régissant les limites de parcours des troupeaux, l'utilisation pacifique et en commun des pâturages et des points d'eau. Ainsi, les « Faceries » des temps historiques ne sont que le « rafraîchissement » d'actes plus anciens, dont l'origine est aussi ancienne que le pastoralisme lui même.

Trois exemples pourraient illustrer cette conception du monolithe « borne pastorale », témoignage, sur le terrain, d'antiques accords entre bergers : le cas de « La Pierre Saint Martin », les tables de Lizuniaga et le menhir de Baztan.

Au col de La Pierre Saint Martin, sur la borne frontière n° 262 une cérémonie est encore chaque année célébrée, en juillet ; il s'agit du renouvellement des antiques accords entre pasteurs des vallées du Roncal et du Baretous. Le nom lui même de « Pierre Saint Martin » rappelle un menhir sur lequel, en 1375, on gravait encore diverses croix et signes en rapport avec des accords pastoraux

 Ce menhir, actuellement disparu, est signalé aussi en 1687 par l'ingénier Thierry qui lui attribue une toise et demie, soit environ 3m. Il nous paraît parfaitement illustrer notre hypothèse : d'ailleurs, en basque, le terme « muga » ne signifie t'il pas aussi bien borne que menhir ?

Au même titre que les monolithes, nous citerons pour mémoire la « table de Lizuniaga », dite aussi « Mahainaharria », située, au pied du col de Lizunagia au sud de Sare, près de la borne frontière n° 36. Trois grandes pierres plates reposaient sur une vingtaine de supports et, sur elles, se renouvelaient régulièrement la facerie entre Sare et Vera. Il ne restait que quelques rares vestiges de ce très intéressant monument récemment restauré, et que nous assimilons, quant à sa fonction, à un menhir couché.

On peut enfin constater que la plus grande densité en monolithes se trouve dans la région des Aldudes. Le tracé de l'actuelle frontière passe en certains cas très prés de plusieurs d'entre eux (quand ils ne sont pas eux mêmes réutilisés comme borne frontière, tel celui du mont Eihartze). La borne n° 94 marquant la limite entre les pâturages du Pays de Quint et ceux du Baztan est, à notre vais, l'exemple le plus démonstratif. En effet, cette borne a été disposée tout à côté d'un très beau monolithe de type dalle, toujours debout. Une clôture de barbelés fait à cet endroit un changement de direction à angle droit, et sa présence confirme et complète le rôle de bornage pastoral très probablement dévolu à ce menhir depuis des temps très reculés.

La plupart des monolithes ne sont souvent éloignés que de quelques dizaines de mètres de vestiges archéologiques dont cromlechs ou tumulus-cromlechs représentent la très grande majorité. Il est assez remarquable qu'il n'y ait que très rarement un voisinage dolménique... De plus, on connaît, en Pays Basque sud, des monolithes faisaient partie intégrante de cromlechs, dont ils sont un des éléments du péristalithe.  Peut être y a t'il là un élément d'appréciation chronologique ?

La question de savoir à quelles époques ont été disposés, en Euskal Herria, ces monolithes, reste en effet encore en suspens. Si l'utilisation de telles pierres remonte à des temps très anciens et si le contexte archéologique incite à supposer qu'elles ont été mises en place par les pasteurs du premier millénaire avant le Christ, on ne peut cependant pas totalement exclure l'hypothèse d'une époque plus récente, pour certaines d'entre elles. Nous n'en voudrions pour preuve que les monolithes qui jalonnent, en altitude, la voie romaine du « Puerto de Velate ».

Si nous nous rapportons à la tradition orale basque, le nom de Errolan, Roldan est très souvent évoqué. Ce personnage légendaire, de force extraordinaire, pouvait lancer d'énormes roches du haut d'une montagne vers un village dans la plaine, d'où le nom d' »Errolan Arriya » donné à ces pierres, par exemple à Atar (Sierra de Aralar). D'autres fois, ces exploits sont attribués aux « Jentils », dont dolmens et menhirs seraient les pierres tombales.

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Published by Dr Jacques Blot - dans Article Doc Publication
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